Risque d’embolie pulmonaire face à une syncope : quelle approche diagnostique privilégier ?


  • Agnès Lara
  • Lecture critique
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.

À retenir

D’après les données administratives de 4 pays occidentaux représentant plus d’1,5 millions de personnes, les embolies pulmonaires (EP) sont rares chez les patients consultant les urgences pour l’évaluation d’une syncope (moins de 1% pour l’ensemble des patients et moins de 3% pour les patients hospitalisés). Et le risque d’EP reste faible après 90 jours. Ces chiffres, plus bas que ceux observés dans d’autres études, suggèrent que le recours systématique à un algorithme structuré pour exclure la possibilité d’une EP n’est pas nécessaire. Il peut au contraire conduire à un surdiagnostic et à des explorations inutiles (1,2). De même, la recherche de d-dimères ou l’angiographie par tomodensitométrie exposent à un risque élevé de faux positifs, et donc à des traitements anticoagulants inutiles, avec le risque d’effets indésirables et les coûts que cela comporte. Face à une syncope, le diagnostic d’EP doit donc être considéré, mais la décision de poursuivre ou non les investigations doit tenir compte du risque du patient et de l’incidence des EP dans la population

Pourquoi est-ce important ?

L’embolie pulmonaire est considérée comme une cause inhabituelle de syncope. Les données concernant sa prévalence sont rares et concernent surtout les patients ayant dû être hospitalisés suite à une syncope. Est-il vraiment nécessaire de recourir à un algorithme structuré pour exclure ce diagnostic chez tous les patients arrivant aux urgences avec ce symptôme, comme l’ont suggéré certaines études ? La question n’est pas tranchée et expose à un risque de surdiagnostic et de mise en place de traitements inutiles ou, au contraire, de sous-estimation de ce risque. Dès lors, une mesure de la prévalence chez l’ensemble des patients consultant les urgences pour une syncope paraissait nécessaire pour guider la démarche diagnostique.

Principaux résultats

  • Près de 1,7 million de sujets de 4 pays différents, s’étant présenté aux urgences pour une syncope, ont été inclus dans l’analyse.
  • La prévalence des embolies pulmonaires déterminée à partir des données administratives était comprise entre 0,06% et 0,55% selon les bases de données considérées pour l’ensemble des patients reçus aux urgences et elle était plus importante chez les patients hospitalisés (0,15% à 2,10%).
  • Lorsqu’elle était mesurée à 90 jours, elle variait de 0,14% à 0,83% pour l’ensemble des patients et de 0,35 à 2,63% chez les patients hospitalisés.
  • La prévalence des thromboses veineuses également mesurée à 90 jours variait de 0,30% à 1,37% pour l’ensemble des patients et de 0,75 à 3,86% chez les patients hospitalisés.

Méthode

  • Cette étude rétrospective observationnelle a fait l’analyse longitudinale de 5 bases de données issues de 4 pays (Canada, Danemark, Italie, États Unis).
  • Elle a pris en compte les données administratives de patients de 18 ans ou plus s’étant présenté aux urgences pour une syncope entre janvier 2000 et septembre 2016 et a enregistré la prévalence des embolies pulmonaires dans cette population.

Limitations

L’identification des EP reposait sur le code ICD enregistré lors de la sortie d’hôpital. La sensibilité modérée de cette méthode peut avoir conduit à sous-estimer le nombre de cas.