Résultats d’une large étude sur la sécurité des anti-TNF et des thiopurines au cours de la grossesse

  • Meyer A & al.
  • Aliment Pharmacol Ther

  • Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir

Des chercheurs ont mené une étude à l’échelle de la population française afin d’avoir des données robustes sur la sécurité d’utilisation des anti-TNF et des thiopurines chez les femmes enceintes. Les conclusions de cette étude mettent en évidence que :

  • L’exposition aux thiopurines durant la grossesse a été diminuée par deux environ entre 2010 et 2018, alors que celle des anti-TNF a été multipliée par trois.
  • L’exposition aux thiopurines durant la grossesse augmenterait le risque de mortalité à la naissance, de prématurité et le risque d’un poids à la naissance plus important que celui de l’âge gestationnel par rapport à l’absence d’exposition. 
  • En revanche aucun sur-risque n’a été mis en évidence lors d’une exposition aux anti-TNF.

Méthodologie

Cette étude a été menée à partir des données de l’Assurance maladie afin d’identifier toutes les femmes françaises ayant eu un enfant entre 2010 et 2018 et atteintes d’une maladie inflammatoire chronique des intestins (MICI). Les critères évalués étaient le statut vital de l’enfant, la naissance à terme, le poids gestationnel. 

Principaux résultats

Sur les 27.729 grossesses incluses dans les analyses, 12,8% ont été exposées à une monothérapie par thiopurines, 12,7% à une monothérapie par anti-TNF, 3,0% à la combinaison des deux et 71,4% n’ont été exposées à aucun de ces traitements. L’âge médian des femmes au moment de la grossesse était de 30 ans dans les deux groupes. Par rapport aux femmes atteintes de MICI et non exposées aux traitements considérés, les femmes traitées par monothérapie de thiopurines ou d’anti-TNF ou par l’association des deux étaient plus souvent atteintes d’une maladie de Crohn que d’une rectocolite hémorragique (respectivement 70,9%, 82,6% et 73,7% versus 51,6%).

L’exposition à la bithérapie reflétait en partie une maladie plus sévère dans les 6 mois précédant le traitement. Entre 2010 et 2018, l’exposition aux thiopurines en monothérapie a diminué, passant de 15,3% à 8,3%. En revanche l’exposition aux anti-TNF en monothérapie et l’exposition à la combinaison ont augmenté, passant de 7,9% à 18,2% et de 1,7% à 4,2%. L’exposition aux thiopurines diminuait légèrement entre le trimestre précédent la grossesse (14,8%) et le troisième trimestre de grossesse (10,5%). En revanche, la diminution d’exposition était franche pour les anti-TNF (14,5% lors du trimestre précédant la grossesse, versus 13,3%, 11,3% et 3,4% respectivement au 1er, 2ème, et 3ème trimestre). L’exposition de la mère aux thiopurines et aux anti-TNF augmentait de nouveau après l’accouchement (respectivement 12,5% et 10,8% au premier trimestre post-grossesse et 13,3% et 13,3% au second).

Aucune augmentation des hospitalisations en lien avec la grossesse n’a été observée quel que soit le groupe. Par rapport à l’absence d’exposition, une exposition in utero aux thiopurines doublait le risque de mortalité à la naissance (1,0% versus 0,5%), et augmentait de plus de 50% celui de prématurité (12,3% versus 7,1%) et d’un tiers environ les naissances d’enfants ayant un poids supérieur à l’âge gestationnel (10,6% versus 8,4%).

En revanche, aucune différence n’a été mise en évidence entre les grossesses exposées aux anti-TNF par rapport à celles qui n’avaient pas été exposées à ces traitements.

L’exposition à la combinaison anti-TNF et thiopurines augmenterait le risque de prématurité de 55% et de 61% le risque de donner naissance à un enfant ayant un poids plus important que celui de son âge gestationnel. La mortalité à la naissance n’était en revanche pas modifiée par l’exposition à l’association.