Réseau CRIOAc en France : un modèle innovant de la prise en charge d’une maladie complexe

  • Thébaud V & al.
  • Sante Publique

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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Les infections ostéoarticulaires (IOA) nécessitent une prise en charge multidisciplinaire impliquant notamment chirurgiens orthopédistes, infectiologues, microbiologistes. Un article publié dans la Revue de chirurgie orthopédique et traumatique revient sur la création et le développement en France du réseau CRIOAc - Centres de Référence des Infections Ostéoarticulaires complexes.

Quelle est la problématique des IOA complexes ?

En France, la prévalence des IOA serait de 54 cas pour 100.000 habitants. La plupart des sujets souffrant d’IOA ont des comorbidités, notamment un diabète. En 2008, le coût direct de la prise en charge d’une IOA était de 7.178 euros par séjour hospitalier. Les IOA sur matériel représentent un tiers de l’ensemble des IOA et sont particulièrement coûteuses, car nécessitent une chirurgie et souvent le recours à des antibiotiques chers du fait de la présence de germes résistants. Les cas d’IOA complexes (liées à une résistance bactérienne et/ou à un terrain particulier et/ou à une indication chirurgicale complexe et/ou une rechute) correspondent à 61% de l’ensemble des IOA (soit 21.110 cas entre octobre 2012 et juin 2017). Ces cas nécessitent une prise en charge multidiciplinaire par des centres experts.

Comment s’est organisé le réseau CRIOAc ?

En février 2007, les « Premiers États Généraux des Infections Nosocomiales » ont été organisés par une association de patients active pour la protection des patients atteints d’infections nosocomiales. Sous l’impulsion du Ministère de la Santé, les CRIOAc ont pris naissance. Le label CRIOAc a été obtenu par huit centres en 2008 (Paris, Boulogne-Billancourt, Lille-Tourcoing, Reims, Lyon, Marseille, Toulouse et Tours). Rennes a rejoint ce groupe en 2011 pour optimiser la couverture territoriale. Chaque CRIOAc a bénéficié d’un plan annuel de 150.000 euros pour financer les assistantes de recherche clinique et les secrétaires. Un code spécifique de financement d’activité a été créé (08C56x) pour les admissions en lien avec une IOA complexe (définie selon des critères bien spécifiques). Chaque séjour chirurgical auquel ce code est rattaché bénéficie d’une valorisation du séjour de +12%.

La phase de finalisation du dispositif a été enclenchée entre 2011 et 2016. Quinze « centres correspondants » (CC) ont été labellisés en 2011 (un à deux par CRIOAc). Ces 24 CRIOAc et CC ont pour missions communes : 

  • L’information et l’orientation des patients, avec réponse aux appels des professionnels comme des patients ; 
  • Une mission de recours en donnant des conseils sur le traitement des IOA simples comme complexes ; 
  • L’organisation et la centralisation des RCP (Quorum composé d’au moins un chirurgien orthopédiste, un infectiologue et un microbiologiste) qui ont pour objectif de proposer une stratégie médico-chirurgicale adaptée et de déterminer si l’IOA est complexe ou non. 

Un système d’information sécurisé a été mis en place au niveau national pour faciliter la décision, le suivi des patients, partager les informations, produire des données d’activité et recueillir des données épidémiologiques.

Les CRIOAc : plus qu’un réseau d’expertise 

Un diplôme inter-universitaire national IOA a été lancé en 2014, le premier congrès CRIOAc a été organisé en 2013 (il se déroule depuis tous les deux ans), et plusieurs PHRC sont financés par la DGOS. L’interaction au sein du réseau CRIOAc favorise la synergie d’action. Enfin, les experts des CRIOAc ont participé à l’élaboration de recommandations de bonnes pratiques de la Haute Autorité de Santé (HAS). 

Ainsi, cette expérience unique montre bien qu’il est possible de mettre en place un réseau de soins national avec des centres experts labellisés au niveau régional pour faciliter le recrutement, améliorer la prise en charge, la formation et la recherche autour d’une pathologie nécessitant une action multidisciplinaire avec un haut niveau d'expertise.