Réponse humorale précoce à l’infection par le SARS-CoV-2 : le rôle majeur des IgA

  • Sterlin D & al.
  • Sci Transl Med
  • 7 déc. 2020

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.

À retenir

  • En phase précoce de l’infection par le SARS-CoV-2, la réponse humorale spécifique est dominée par les IgA et non par des IgM, tant au niveau du sang périphérique que des muqueuses.
  • Ces IgA apparaissent plus rapidement que les IgG après la survenue des symptômes, avec un pic 3 semaines après, puis disparaissent au-delà d’un mois.
  • Ceux dirigés contre le domaine de fixation de la protéine Spike semblent très majoritairement responsables du pouvoir neutralisant contre le virus par comparaison aux fractions IgG et IgM au cours des 3 premières semaines.
  • Ce type d’anticorps neutralisant constitue donc une bonne protection contre une réinfection par le virus, mais qui semble être de courte durée. Ils semblent toutefois se maintenir de façon beaucoup plus prolongée au niveau des muqueuses, puisqu’ils restent détectables dans la salive jusqu’à 73 jours suivant la survenue des symptômes. Reste à savoir si les vaccins en cours de développement arriveront à reproduire une réponse similaire.

 

 

L’infection par le SARS-CoV-2 déclenche rapidement une forte réponse humorale au cours des 20 jours suivant la survenue des symptômes. Traditionnellement, la réponse humorale primaire à un antigène repose sur la production précoce d’IgM. Puis survient dans un second temps, la production d’une mémoire immunitaire spécifique associée à la production d’IgG, d’IgA et d’IgE. Le rôle des IgA suscite de plus en plus d’intérêt. En effet, des taux élevés d’IgA sériques ont été associés à l’efficacité du vaccin antigrippal. Ils jouent aussi un rôle de défense essentiel au niveau des muqueuses. Dans le cadre de l’infection au SARS-CoV-2, il a notamment été montré chez la souris qu’une vaccination intranasale utilisant des protéines virales pouvait induire une réponse IgA protectrice contre le virus, aussi bien au niveau local que systémique. Mais leur rôle dans l’infection naturelle par la SARS-CoV-2 était encore mal caractérisé. Des équipes de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière AP-HP, de Sorbonne Université, de l’Inserm et de l’Institut Pasteur ont analysé la cinétique d’apparition de cette composante de l’immunité humorale chez des patients infectés, de façon à mieux comprendre sa contribution à la réponse globale. 

Méthodologie

Dans cette étude les plasmablastes, forme cellulaire intermédiaire entre les lymphocytes B mémoires et les plasmocytes sécréteurs d’anticorps, ont été recherchés par cytométrie de flux dans des échantillons sanguins de patients infectés par le SARS-CoV-2 (n=159). Et l’expression par ces cellules des différents isotypes d’immunogobuline a été analysée. Les concentrations sériques d’anticorps ont également été suivies de façon longitudinale au sein d’un sous-groupe de patients (n=38) et le pouvoir neutralisant des fractions purifiées d’IgA et d’IgG a été comparé.

Une réponse humorale précoce dominée par les IgA

Au sein des lymphocytes B, les plasmablasts ont augmenté de façon significative entre le 1er et le 9e jours suivant la survenue des symptômes. Plus d’un tiers d’entre eux (34,9%) étaient porteurs de récepteurs aux chimiokines CCR10+ impliqués dans la migration vers les muqueuses et notamment vers les poumons.

En phase précoce de la réponse immunitaire, la plupart des plasmablastes du sang périphérique exprimaient surtout des IgA (61,4%) (IgA+), et dans une moindre mesure des IgG (27,9%) (IgG+) et des IgM (10,5%). La majorité de ces plasmablastes IgA+ (60,5%) étaient CCR10+ alors que les IgG+ portant ce récepteur étaient minoritaires (23,3%) suggérant un tropisme différent.

Par immuno-essais, il a pu être montré que la concentration sérique des IgG dirigés contre le domaine de fixation de la protéine Spike ou contre les protéines de nucléocapside augmentait au cours des 4 premières semaines suivant la survenue des symptômes et au-delà. Tandis que la concentration des IgA contre ces mêmes cibles augmentait durant les 3 premières semaines puis chutait rapidement pour n’être plus détectable à 1 mois.

Le pouvoir neutralisant contre le virus attribuable essentiellement aux IgA

Le pouvoir neutralisant d’une dilution du sérum au 1/40e a ensuite été évalué en phase précoce de l’infection, d’abord de façon globale : il augmentait rapidement avec l’évolution de la maladie pour atteindre un plateau 10 jours après la survenue des symptômes. Puis la contribution des IgA et IgG a été déterminée à partir de fractions purifiées (IgA ou IgG) de 12 patients. Il est apparu que le pouvoir neutralisant était essentiellement associé aux IgA (pas aux IgG), et en particulier corrélé à ceux dirigés contre le domaine de fixation de la protéine Spike et non à ceux dirigés contre les protéines de nucléocapside. Ces IgA neutralisants étaient retrouvés jusqu’à 73 jours dans les sécrétions salivaires, suggérant une présence plus durable au niveau des muqueuses que dans le sang périphérique.