Rencontres de Neurologies 2020 – Neurologie du COVID-19


  • Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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Dès le début de l’épidémie, la maladie liée au SARS-CoV-2 a été associée à différentes atteintes neurologiques. Environ un tiers des patients sont concernés, mais selon les données de la littérature, ce chiffre serait compris entre 15 et 73%, avec un panel de symptômes très large, depuis les troubles de l’odorat et du goût jusqu’à des complications sévères (accident vasculaire cérébral, syndrome de Guillain Barré...). Dans le cadre des Rencontres de Neurologies, le Dr Elodie Meppiel (Saint-Denis) a passé en revue les différentes manifestations neurologiques de patients hospitalisés à la lumière d’un registre multicentrique constitué en mars-avril 2020 dans 46 centres français et les a mises en perspective par rapport à d’autres cohortes internationales.

Des atteintes neurologiques majoritairement centrales

Selon les retours des centres participants, les atteintes neurologiques avaient une prévalence de 8,8% des sujets hospitalisés pour COVID-19. La cohorte ainsi constituée comportait 222 patients (45,2% sévères ou critiques) dont 85,1% présentaient une atteinte du système nerveux central (SNC) et 13,1% une atteinte du système nerveux périphérique (SNP). Les atteintes les plus courantes étaient l'encéphalopathie (30,2%), l’accident vasculaire cérébral (28%, essentiellement ischémique), l'encéphalite (9,5%) et le syndrome de Guillain-Barré (15/222, 6,8%). Une altération de l’état mental de plus de 24 heures était retrouvée chez 50% des patients, souvent associée à des lésions à l’IRM et ou une pléiocytose.

En termes de chronologie, les encéphalopathies et les encéphalites étaient les plus précoces dans l’histoire de la maladie (délai de 6 et 7 jours en moyenne après le début des symptômes, alors que les AVC et a fortiori le syndrome Guillain Barré étaient plus tardifs (12 et 18 jours après en moyenne).

Par rapport aux AVC hors COVID-19, les AVC observés dans le contexte infectieux sont plus souvent cryptogéniques et territoriaux (grosses et moyennes artères principalement), mais le risque de survenue des AVC n’était pas associé à la sévérité du COVID-19. Les AVC ischémiques sont en moyenne plus graves que hors COVID-19 avec un risque de décès ou de handicap sévère significativement augmenté. Les mécanismes sous-jacents suspectés reposent sur l’endothélite ou une atteinte de type vascularite.

Les encéphalopathies ont principalement concerné les cas de COVID-19 sévères et sont survenues dans un tiers des cas chez des patients présentant une pathologie neurodégénérative sous-jacente. Le plus souvent, l’EEG montrait un ralentissement aspécifique et l’IRM était normale dans 90% des cas. Les mécanismes sous-jacents suspectés pourraient être liés à l’atteinte microvasculaire (encéphalopathie hypoxique) parfois très spécifiques (Jaunmuktane 2020), à l’inflammation liée au sepsis, ou encore une atteinte démyélinisante.

Les encéphalites, moins fréquentes, ne semblent pas liées à la sévérité de la maladie COVID-19. Dans plus de la moitié des cas, elles sont associées à un déficit focal central et dans un tiers des cas à des mouvements anormaux. La PCR pratiquée sur le LCR est négative dans 90% des cas et l’EEG est peu discriminant.

Enfin le syndrome de Guillain-Barré se présentaient principalement par des atteintes sensitivomotrices classiques avec atteinte démyélinisante. Le lien avec l’infection à SARS-CoV-2 semble assez étroit, des équipes italiennes rapportant une survenue multipliée par 2,6 à 5,4 par rapport à l’incidence habituelle de ce syndrome.

Quid des COVID « longs » ?

Ces situations cliniques correspondent à la persistance de multiples symptômes plus de 3 semaines après l’infection, mais ce syndrome n’est pour l’heure pas défini au plan international. Elles pourraient concerner jusqu’à 10% des patients ayant eu une infection confirmée par PCR. L’APHP a initié une communauté, baptisée ComPaRe qui vise à explorer ces atteintes grâce au témoignage des patients (https://compare.aphp.fr). Une première phase de travail menée à partir de questionnaires a pour l’heure permis d’identifier près de 50 manifestations chez plus de 600 patients souffrant de COVID long : plusieurs manifestations neurologiques sont évoquées comme les céphalées, les vertiges, les troubles sensitifs, les troubles du goût et de l’odorat... Les prochains travaux permettront d’en déterminer la prévalence et les caractéristiques cliniques précises. Le Dr Elodie Meppiel rappelle que les sujets présentant des COVID longs ont souvent présenté une imagerie IRM normale. Différentes hypothèses sont évoquées pour expliciter le syndrome comme des atteintes de nature post-infectieuse, liées aux soins intensifs ou à des séquelles psychiatriques liées au contexte particulier dans lequel l’épidémie a pris place. Des travaux sont évidemment attendus sur le sujet...