Regain d’intérêt autour des hallucinogènes dans le traitement des addictions

  • Bogenschutz MP & al.
  • JAMA Psychiatry

  • Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • Selon une étude randomisée américaine, deux sessions d’administration encadrée de psilocybine au cours d’une psychothérapie de 12 semaines permet de réduire les critères de consommation d’alcool à 32 semaines par rapport aux mêmes parcours de psychothérapie associé à deux sessions d’administration contrôle de diphenhydramine.
  • Hormis une augmentation des valeurs de pression artérielle transitoire et ne nécessitant pas de traitement, la tolérance était acceptable : si les évènements indésirables ont été plus nombreux sous psilocybine, seuls 3 évènements graves ont été notifiés, uniquement dans le bras contrôle.
  • Il existe quelques limites à cette étude, comme l’absence d’insu véritable (la plupart des patients devinaient dans quel groupe ils avaient été alloués), ou l’incapacité à déterminer actuellement la posologie optimale ou la nécessité d’une expérience psychédélique pour obtenir l’effet thérapeutique. Cependant, elle permet de renforcer l’intérêt renouvelé de la médecine des addictions pour les substances hallucinogènes.

Pourquoi est-ce important ?

Les psychédéliques comme le LSD ont fait l’objet d’un intérêt clinique important dans les années 1970 et des données cliniques se sont accumulées à l’époque pour décrire son intérêt dans la prise en charge des addictions. L’inscription de ces substances sur la liste des stupéfiants a mis un coup d’arrêt aux recherches qui leur étaient consacrées. Depuis quelques années cependant, cette classe pharmacologique connaît un regain d’intérêt. Il est désormais nécessaire d’acquérir des données cliniques à partir d’études randomisées bien conduites.

Méthodologie

Cet essai clinique randomisé en double aveugle a recruté des adultes de 25 à 65 ans ayant une dépendance à l'alcool diagnostiquée, ainsi qu’au moins 4 jours de consommation excessive d'alcool au cours des 30 jours précédant l’inclusion. Ils ne devaient pas avoir d’autres troubles addictifs ou des troubles psychiatriques majeurs. Tous étaient inclus dans un programme de psychothérapie de 12 semaines (motivationnelle et cognitivo-comportementale) et ils ont été randomisés entre 2 sessions de traitement par psilocybine ou 2 sessions par diphénhydramine au cours des semaines 4 et 8. Le suivi des patients a été conduit jusqu’à la 32e semaine.

Principaux résultats

Au total, 94 patients ont été randomisés entre les deux groupes de l’étude (âge moyen 45,8 ans, 44,2% de femmes). La dépendance à l’alcool durait depuis 14,2 ans en moyenne. Au cours des 12 dernières semaines, ils avaient consommé de l’alcool pendant 74,9% des jours, et consommé en excès (plus de 5 ou 4 verres dans la journée chez les hommes et les femmes respectivement) dans 52,7% des jours. La consommation moyenne était de 7,1 verres quotidiens.

Juste avant la première séance de traitement, une baisse de la consommation d’alcool était observée à la 4e semaine de façon équivalente entre les deux groupes.

L’ administration de psilocybine était associée à une augmentation de la pression artérielle diastolique et systolique, mais aucun patient n’a nécessité de prise en charge et les valeurs étaient normalisées à la 360e minute. L’expérience mystique associée au traitement a été objectivée en utilisant une échelle spécifique.

À la 32e semaine, le pourcentage de jours de forte consommation d'alcool était de 9,7% dans le groupe psilocybine et de 23,6% dans le groupe diphénhydramine (différence moyenne de 13,9% [3,0-24,7], p=0,01).

Le nombre moyen de verres consommés quotidiennement et le nombre de jours de consommation d’alcool étaient également plus faible dans le groupe psilocybine que dans le groupe contrôle (respectivement 1,17 vs 2,26 verres p=0,01 et 29,39 % vs 42,83 %, p=0,05).

Aucun événement indésirable grave n'a été observé chez les participants ayant reçu de la psilocybine.