Réduire les benzodiazépines chez le sujet âgé fragile, c’est possible !

  • Bérard C & al.
  • Geriatr Psychol Neuropsychiatr Vieil
  • 30 oct. 2018

  • de Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

Les équipes médicales d’évaluation des fragilités à l’hôpital de jour et de la pharmacie du CHU de Toulouse ont évalué l’impact d’une intervention visant à optimiser les traitements par benzodiazépines chez les sujets âgés fragiles. Une intervention basée sur la remise d’une brochure d’information, un entretien court (10 minutes) avec le patient, un suivi téléphonique mensuel, et l’implication du médecin traitant, permet une optimisation du traitement par benzodiazépines (BZD) chez un patient sur trois. Un arrêt des BZD a même été obtenu chez 17% d’entre eux. Bien que réalisée sur un faible nombre de patients, cette étude montre que le sevrage, ou tout au moins l’optimisation des traitements par BZD, est réalisable sans être trop chronophage en contexte réel de soins. Ce type d’intervention pourrait être étendu à l’ensemble du réseau des hôpitaux de jours de la fragilité si les résultats étaient confirmés par des études de plus forte puissance et réalisées sur de plus longues durées. Il incite à réfléchir sur le développement à venir de la coopération ville-hôpital qui devra nécessairement impliquer le médecin traitant et le pharmacien d'officine. 

Pourquoi cette étude a-t-elle été réalisée ?

Selon l’agence nationale du médicament et des produits de santé (ANSM), la consommation de BZD concernait 13% des français en 2015 et 36% d’entre eux avaient plus de 65 ans, alors que ces molécules font partie des médicaments potentiellement inappropriés chez le sujet âgé. Des efforts sont donc attendus dans ce domaine. L’hôpital de jour d’évaluation des fragilités de Toulouse accueille les patients fragiles qui nécessitent une évaluation gériatrique multidisciplinaire. En 2014, l’équipe médicale a constaté que 34,9% d’entre eux consommaient des BZD au long cours et a entrepris de proposer une optimisation de ces traitements. L’impact de ces interventions standardisées a été évalué et les résultats récemment publiés.

Conception de l’étude

L’étude a inclus les patients disposant d’une prescription de BZD ou d’une molécule apparentée et volontaires pour tenter un sevrage. L’intervention standardisée comprenait un entretien avec le gériatre qui évaluait le degré de dépendance, ainsi que le niveau de connaissance du patient vis-à-vis de son traitement. Une brochure d’information sur les BZD était remise à cette occasion. Elle abordait notamment les indications des BZD et les risques associés à une consommation sur la durée, et présentait des informations sur le sommeil de la personne âgée et les approches alternatives possibles pour l’améliorer. À l’issue de l’évaluation, les propositions d’optimisation de traitement discutées avec le patient étaient communiquées au médecin traitant de façon à ce qu’elles puissent être pérennisées. Celles-ci pouvaient comprendre une diminution de la posologie, une prise intermittente, l’arrêt de la molécule ou le changement pour une molécule à demi-vie plus courte. Chaque patient bénéficiait ensuite d’un suivi téléphonique mensuel sur 6 mois.

Résultats

  • Au total, 18 patients ont été inclus dans l’étude, la plupart d’entre eux ayant été jugés fragiles (50%) ou pré-fragiles (44%) suite à l’évaluation selon les critères de Fried. 
  • Les entretiens d’une durée de 5 à 15 minutes (10 minutes en moyenne) ont révélé que 83% d’entre eux (n=15) prenaient une BZD depuis plus d’un an, dont la moitié depuis plus de 10 ans. Et pour 39% d’entre eux, il s’agissait d’une BZD à demi-vie longue.
  • Après intervention et 6 mois de suivi (chaque appel téléphonique mensuel durait généralement moins de 5 minutes), le traitement a pu être optimisé pour 33% des patients.
  • Un arrêt a été obtenu chez 17% d’entre eux, dont un avec un fort attachement aux BZD selon l’échelle ECAB. Deux patients ont diminué leur posologie et un a changé pour une molécule à demi-vie courte.
  • Il faut toutefois signaler que parmi les patients ayant ressenti un syndrome de sevrage (44%, n=8), un seul a pu optimiser son traitement, montrant la nécessité d’un sevrage très progressif et prenant en compte la motivation du patient.

Limitation

L’étude a été réalisée sur un échantillon de taille limitée et au sein d’un seul centre. Par ailleurs les données recueillies au cours des 6 mois de suivi étaient déclaratives et non confirmées par le contrôle des prescriptions.