Récupération de masse musculaire : toutes les protéines ne se valent pas

  • Oikawa SY & al.
  • Am J Clin Nutr
  • 4 oct. 2018

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles

À retenir

  • Si, durant une phase de restriction de l’apport calorique et de l’activité physique, la supplémentation en protéines de lactosérum ne permet pas de limiter davantage la perte de masse maigre que celle en protéines de collagène, elle est en revanche plus efficace pour reconstruire la masse maigre de sujets âgés, une fois l’apport calorique et le niveau habituel d’activité physique rétablis.

  • Ces données, issues d’une étude randomisée canadienne, menée chez 32 sujets âgés, laissent entendre que toutes les protéines ne se valent pas dans un contexte mimant une situation de maladie aiguë ou d’hospitalisation. Elles sont intéressantes pour les sujets âgés qui sont particulièrement vulnérables au risque de sarcopénie. Ces résultats s’expliqueraient notamment par la nature des protéines de lactosérum, riches en acides aminés essentiels et notamment en leucine, dont l’apport dépend exclusivement de l’alimentation.

Pourquoi cette étude a-t-elle été menée ?

L’hospitalisation et la maladie, qui sont notamment des facteurs d’inactivité et de mauvaise alimentation, favorisent la fonte musculaire, particulièrement chez le sujet âgé. Or, si l’influence de la supplémentation protéique sur la prévention de la sarcopénie a déjà été étudiée, aucun travail n’avait  apprécié si cette supplémentation permettait ensuite de compenser la perte de masse musculaire liée à l’inactivité et à un régime hypoénergétique. Cette étude a été menée en posant l’hypothèse que la nature de la protéine utilisée pourrait jouer un rôle déterminant.

Méthodologie

  • L’étude a été menée auprès d’adultes de 65-80 ans non fumeurs, non diabétiques et n’ayant pas présenté de fluctuation de poids de plus de 2 kg dans les 2 mois précédents.

  • Les sujets ont été randomisés entre la supplémentation par protéines de lactosérum (PLS) ou par protéines de collagène (PCG). Ils ont ensuite suivi un protocole en 4 étapes : une phase d’équilibre d’une semaine (PE) durant laquelle les apports énergétiques et protéiques étaient conformes aux recommandations (0,8 g/kg/jour de protéines), 1 semaine de restriction calorique (PRC) de -500 kCal/j avec un doublement de la ration protéique (1,6 g/kg/jour dont 30 g/j de PLS ou PCG), puis 2 semaines de restriction calorique assortie d’une limitation de l’activité physique (PRLA) avec -500 kCal/j (avec 30 g/j de PLS ou PCG) et ≤750 pas/jour et, enfin, 1 phase de récupération (PR) d’une semaine au cours de laquelle les participants pouvaient reprendre un niveau normal d’activité et poursuivaient la supplémentation protéique. Tous recevaient des aliments préparés, adaptés à leur goût, et permettant de garantir l’équivalence des apports caloriques entre les participants de chaque groupe.

  • Des analyses biologiques et une imagerie par absorptiométrie biphotonique X (DXA) ont notamment été menées. Les auteurs ont posé l’hypothèse que les PLS seraient plus efficaces que les PCG pour prévenir la perte de masse maigre (MM).

Principaux résultats

  • L’étude a inclus 15 femmes et 16 hommes (68-69 ans d’âge moyen) qui ont été randomisés entre un groupe sous PLS et un groupe sous PCG (respectivement IMC de 31,2 et de 28,0 kg/m² à l’inclusion). Ils marchaient en moyenne 6.237 ± 2.890 et 8.392 ± 4.290 pas par jour.

  • LDans chaque groupe, la MM mesurée au niveau des jambes avait diminué de façon équivalente dans les deux groupes entre la PE et la PRC, ainsi qu’entre la PRC et la PRLA, sans distinction entre ceux supplémentés en PLS et ceux supplémentés en PCG.

  • Durant la phase PR, la MM mesurée au niveau des jambes a augmenté de façon plus importante dans le groupe PLS que dans le groupe PCG.

  • Le taux de synthèse protéique musculaire a suivi la même évolution que la MM dans les deux groupes, avec une augmentation de ce chiffre durant la phase PR constatée dans le seul groupe PLS (p=0,05).

Principales limitations

Les sujets inclus étaient en bon état général, ce qui ne permet pas de généraliser ces résultats à des sujets ayant une ou plusieurs comorbidités.