Rectocolite hémorragique : en cas d’échec des corticoïdes, faut-il initier un traitement par ciclosporine ou par infliximab ?


  • Nathalie Barrès
  • Lecture critique
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À retenir 

L’étude CYSIF montre que chez des patients souffrant de rectocolite hémorragique et en échec d’un traitement par corticoïdes (méthylprednisolone ou équivalent à dose élevée – au moins 0,8 mg/kg/j durant au moins 5 jours), la survie à long terme sans colectomie serait indépendante de la prise en charge initiale par ciclosporine ou infliximab. Ainsi, ces résultats à long terme confirment l’efficacité similaire et la bonne tolérance de ces deux stratégies thérapeutiques l’une par rapport à l’autre. En revanche, dans l'année post initiation de la ciclosporine, un switch vers l’infliximab est nécessaire chez presque la moitié des patients.

Pourquoi est-ce important ?

La ciclosporine et l’infliximab en seconde intention ont démontré une efficacité similaire à court terme chez les patients souffrant de rectocolite hémorragique réfractaire aux corticoïdes intraveineux. Cette étude offre des données sur le long terme, et montre que, quelle que soit la stratégie mise en place (infliximab ou ciclosporine) en cas d’échec d’un premier traitement par corticoïdes, le taux de colectomie à long terme est similaire. Ainsi, le choix du traitement de seconde intention ne doit pas seulement s’appuyer sur l’efficacité et la tolérance, mais doit prendre également en compte le coût, la voie d’administration et les préférences du patient.

Principaux résultats

Les patients étaient randomisés pour recevoir un traitement par ciclosporine en perfusion à la dose initiale de 2 mg/kg/j (n=60) ou par infliximab à 5 mg/kg (n=55). Le critère principal d’évaluation était l’échec du traitement défini par la présence d’au moins l’un des critères suivants : absence de réponse clinique à 7 jours, rechute entre le 7eet le 98ejour, absence de rémission sans corticoïdes ou présence d’événements indésirables nécessitant l’arrêt du traitement, colectomie ou encore le décès. 

Dans le groupe ciclosporine, 34 sujets ont été en échec de traitement, 5 ont subi une colectomie directement après 0,4 mois, 21 ont reçu un traitement de secours après 1 mois (2 par corticoïdes et 19 par infliximab) et 8 n’ont pas reçu de traitement de secours.

Sur les patients ayant initié un traitement par infliximab, 27 ont été en échec de traitement, 9 ont eu une colectomie après 0,7 mois, 11 ont reçu un traitement de secours (dont 4 par ciclosporine) et 7 sont décédés sans traitement de secours.

Après un suivi médian de 5,4 ans, le taux de survie sans colectomie à un an et cinq ans était respectivement de 70,9% et 61,7% chez les patients ayant reçu un traitement par ciclosporine et de 69,1% et 65,1% chez ceux ayant été traités par infliximab.

L’incidence cumulée d’une première utilisation d’infliximab à un an et cinq ans chez des patients initialement traités par ciclosporine était respectivement de 45,7% et 57,1%.

Seuls quatre patients ont switché vers un traitement par ciclosporine. Trois sujets sont décédés durant le suivi, aucun de ces décès n’était en lien direct avec la rectocolite hémorragique ou son traitement.

Méthodologie

Étude européenne, randomisée, menée en ouvert durant 98 jours au sein de 23 centres français et belges du GETAID (Groupe d’Étude sur les Affections Inflammatoires Digestives) et 6 centre européens du ECCO (European Crohn and Colitis Organisation). Les patients inclus devaient avoir une rectocolite hémorragique résistante à un traitement à haute dose de corticoïdes par voie injectable (score Lichtiger >10).

Limitations

Deux patients randomisés dans le groupe infliximab ont reçu de la ciclosporine.