Reconditionnement ischémique à distance : faut-il encore en parler ?

  • Hausenloy DJ & al.
  • Lancet
  • 6 sept. 2019

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir 

Le reconditionnement ischémique à distance consiste à pratiquer des pressions/relâchements par cycles à l’aide d’un brassard spécifique positionné au bras. Dans de précédentes études, cette technique s’est avérée efficace pour réduire la taille de l’infarctus du myocarde (IDM) chez des sujets éligibles à une intervention coronarienne percutanée (ICP) post-IDM avec surélévation ST. En revanche, les résultats présentés ici montrent que cette prise en charge n’améliorerait ni les hospitalisations pour insuffisance cardiaque (IC), ni le décès pour cause d’IC à 12 mois lorsque cette technique est associée à l’ICP par rapport à l’ICP seule. Le risque d’évènements cardiovasculaires et cérébraux majeurs, la taille de l’infarctus du myocarde évalué par le taux de troponine T ne sont pas non plus améliorés. Les données en sous-groupes (par âges, en fonction de la présence ou non d’un diabète, du flux coronarien avant ICP ou de la localisation de l’infarctus) ne différaient pas non plus entre les groupes.

Pourquoi cette étude est intéressante ?

De nouvelles prises en charge sont étudiées pour continuer à diminuer le risque de morbi-mortalité post-IDM, d’où l’intérêt des études de qualité portant notamment sur cette nouvelle technique.

Méthodologie

L’étude CONDI-2/ERIC-PPCI est une étude randomisée, contrôlée, prospective, menée en simple aveugle au sein de 33 centres basés au Royaume-Uni, au Danemark, en Espagne et en Serbie. Les patients ayant une suspicion d’IDM, éligibles à une ICP ont été randomisés pour recevoir un traitement standard (associé à une procédure factice de reconditionnement ischémique à distance) ou un traitement par reconditionnement ischémique (avec 4 cycles de 5 minutes de procédure d’ischémie/reperfusion intermittente au bras) avant l’ICP.

Principaux résultats

Entre 2013 et 2018, sur l’ensemble des patients inclus et randomisés, 2.546 du groupe reconditionnement à distance et 2.569 du groupe contrôle ont été inclus dans les analyses.

Douze mois après l’ICP, la fréquence des hospitalisations ou des décès liés à une IC (critère principal d’évaluation) n’était pas significativement différente entre les deux groupes : 9,4% dans le groupe reconditionnement ischémique à distance et de 8,6% dans le groupe contrôle, soit un hazard ratio de 1,10 [0,91-1,32], p=0,32. Pris individuellement aucun de ces critères n’était significativement différent entre les deux groupes.

Les auteurs expliquent en partie la discordance de ces résultats avec ceux des précédentes études par le fait qu’elles portaient sur de moindre effectifs, ce qui a pu impacter leur puissance. Ils mentionnent également que l’absence de résultat sur la taille de l’infarctus (mesurée ici par l’aire sous la courbe de la concentration en troponine T) pourrait être finalement liée au protocole lui-même et qu’il pourrait être intéressant d’évaluer d’autres enchaînements de cycles.

Principales limitations

La courte durée du suivi peut constituer une limitation pour évaluer des évènements comme le décès lié à une IC.