Recommandations européennes sur l’énurésie nocturne de l’enfant

  • Bogaert G & al.
  • Neurourol Urodyn
  • 2 déc. 2019

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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Les sociétés européennes d’urologie (EAU) et d’urologie pédiatrique (ESPU) ont travaillé avec la société européenne de la continence de l’enfant et le NICE britannique afin d’actualiser leurs recommandations d’accompagnement de l’enfant et de sa famille en cas d’énurésie nocturne. Celles-ci ont été publiées dans Neurourology and Urodynamics.

Évaluation diagnostique

Face à une plainte pour ‘pipi au lit’, la première étape est d’objectiver l’énurésie nocturne (EN). Le texte propose une liste de 12 questions qui doivent permettre de différencier l’EN monosymptomatique (ou énurésie primaire isolée) d’une EN liée à d’autres symptômes, relevant notamment du bas appareil urinaire : il convient d’évaluer notamment le nombre de mictions par jour, les antécédents d’infection urinaire, la présence d’une énurésie diurne, de troubles du comportements associés, de troubles respiratoires du sommeil…

Il est également nécessaire d’objectiver les habitudes de miction et la façon dont l’enfant boit au cours de la journée (quantités, horaires), afin d’identifier des comportements inappropriés pouvant être corrélés aux problèmes de miction. Ceci peut se faire au travers d’un agenda tenu durant au moins 2 jours qui aidera à orienter le diagnostic vers une production excessive d'urine ou une faible capacité vésicale.

En cas d’EN suspectée d’être associée à une hyperactivité vésicale, il est recommandé d’évaluer la production d’urine nocturne sur 2 semaines : l a mesure du volume d'urine nocturne (pesée de la couche au lever par rapport au coucher + pesée de la première miction matinale) sera en faveur de la polyurie si le volume total est égal à au moins 130% de la valeur attendue (qui est calculée par (âge+1)x 30 mL). Enfin la sévérité de l’énurésie est établie en fonction de la fréquence des épisodes chaque semaine.

Un examen clinique doit permettre de repérer une énurésie diurne, une encoprésie, des troubles neurologiques, la présence d’une obésité… Des analyses urinaires peuvent être envisagées en cas de suspicion de diabète ou d’infection urinaire associée. L’imagerie est réservée aux situations d’EN non monosymptomatique.

La santé mentale, les troubles du comportement ou psychiatriques peuvent constituer des comorbidités importantes et réduire les chances de succès de la prise en charge.

Prise en charge : information, éducation, traitement

La première étape doit consister à déculpabiliser l’enfant : cela passe par l’explication de la physiologie de la miction a ux parents et lorsque c’est possible, à l’enfant, la démystification de l’EN et l’explication du lien des pipis au lit avec la difficulté de réveil nocturne secondaire à un seuil d’éveil trop bas. Il faut encourager l’enfant, exprimer de l’empathie et dissuader toute mesure punitive afin d’aider l’enfant à mobiliser ses capacités et sa motivation. 

Le choix du traitement doit être fait avec l’enfant et les parents. La prise en charge de l’énurésie passe avant tout par une démarche d’information et d’éducation : prescription de mesures hygiéno-diététiques et adaptation des comportements (apports en eau et mictions) selon les constats relevés après tenue de l’agenda. L’enfant doit boire essentiellement durant la première partie de la journée, éviter les apports en eau le soir tout en assurant des apports liquidiens suffisants et adaptés notamment à l’âge.

Il est possible d’adopter une attitude non interventionnelle ( wait and see ) si l’enfant et la famille ne peuvent ou ne souhaitent pas mettre en place des démarches spécifiques (notamment chez l’enfant jeune). Le port de couche est recommandé, l’amélioration des symptômes avec l’âge est fréquent.

Le système d’alarme placé dans le change et permettant d’éveiller l’enfant dès les premières gouttes émises améliore progressivement sa capacité à se réveiller en cas de vessie pleine. Différents dispositifs existent. Ils offrent globalement 80% de chance de succès, notamment lorsque les parents sont motivés et impliqués, avec peu de risque de rechute.

La desmopressine est efficace en cas de polyurie lorsque les seules mesures hygiéno-diététiques ne suffisent pas. Une diminution progressive de la posologie après avoir atteint le succès peut limiter les risques de rechute.

L’imipramine et l’oxybutinine sont des traitements dont l’efficacité et les risques de rechutes ne permettent pas d’être recommandées en dehors de situations cliniques spécifiques.

Enfin, toutes les autres techniques alternatives qui ont pu être étudiées n’ont pas prouvé leur efficacité pour l’heure : acupuncture, électrostimulation, hypnose, phytothérapie...