Recommandations du CNGOF sur les méthodes de contraception naturelle et les méthodes barrières

  • Hassoun D
  • Gynecol Obstet Fertil Senol
  • 1 déc. 2018

  • de Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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Si les méthodes de contraception naturelle ne présentent aucune contre-indication, ni effet indésirable, elles nécessitent quelques précautions pour en augmenter l’efficacité. Les recommandations du CNGOF publiées récemment reviennent justement sur ces informations essentielles à transmettre. 

Qu’est-ce qu’une méthode de contraception naturelle ?

Toute méthode de contraception qui n’utilise aucun matériel ou produit médicaux interférant avec le système reproductif est considérée comme une méthode de contraception naturelle. Celles-ci encore appelées « méthodes traditionnelles » incluent la détermination de la période de fertilité (par constatation des symptômes de glaire cervicale (Billings), méthode des deux jours, température, méthode sympto-thermique ou de calcul des jours fertiles – Ogino-Knaus, Standard Day Method®), la méthode de l’allaitement maternel et de l’aménorrhée (MAMA) et le retrait. 

Quelle est la fréquence d’utilisation de ces méthodes ?

En 2013, la prévalence de l’utilisation des méthodes de contraception naturelle était évaluée à 9,6% dans le monde. En France, seules 4,6% des femmes les utiliseraient. Celles-ci auraient principalement moins de 25 ans, en revanche aucune différence ne peut être mise en évidence en fonction de la parité. Cette prévalence est globalement stable depuis plusieurs années. Les femmes sans diplôme (potentiellement moins bien informées sur les autres méthodes contraceptives et/ou ayant un accès plus difficile pour des raisons économiques) et les femmes très diplômées (très informées et qui refusent les risques liés aux hormones) sont celles qui y ont le plus souvent recours.

Les méthodes basées sur la détermination des périodes fertiles

Ces méthodes reposent sur le principe qu’une grossesse est possible si un rapport sexuel survient 5 jours avant et un jour après l’ovulation. Plusieurs méthodes permettent d’identifier la période fertile : constatation de la glaire cervicale, mesure de la température corporelle ou encore calcul des jours fertiles. Durant cette période, il s’agit soit d’éviter les rapports avec pénétration vaginale, soit d’avoir des rapports protégés par des méthodes barrières. Mais l’efficacité de ces méthodes devient plus aléatoire chez les femmes qui ont des cycles irréguliers. Le taux de grossesse au bout d’un an serait d’environ 4% en pratique correcte et régulière (théorique), et irait jusqu’à 8% en pratique courante.

Identification de la période fertile basée sur les symptômes

La méthode Billings (filance de la glaire cervicale) prévoit une abstinence dès l’apparition de la glaire et jusqu’à 4 jours après la dernière glaire humide. Certains auteurs rapportent un taux de grossesse de 1,3% la première année et 1,8% la seconde.

La méthode des deux jours associe l’évaluation de la glaire cervicale à un algorithme simplifié : si la glaire est présente hier et aujourd’hui, la femme est « très fertile », si la glaire est présente aujourd’hui ou hier, elle est « fertile » et s’il n’y a pas de glaire aujourd’hui ou hier « la fertilité est basse ». Si avec une bonne information, et un bon suivi des instructions le taux d’échec théorique est de 3%, en pratique il serait bien supérieur.

La méthode de la température basale consiste à prendre sa température chaque jour au réveil après au moins 6 heures de sommeil. Les rapports sont possibles 3 jours après une remontée de la température (en lien avec l’augmentation de la progestérone) d’au moins 0,5°C. Cette méthode limite les rapports non protégés à la période post-ovulatoire.

La méthode sympto-thermique est basée sur l’observation de la glaire cervicale le premier jour de la période fertile et de la température pour en déterminer le dernier jour.

La méthode du calendrier (Ogino-Knaus) consiste à suivre et à noter durant 6 à 12 mois les cycles afin d’établir une moyenne de période à risque avant d’utiliser réellement la méthode.

La méthode des jours fixes consiste à éviter les rapports sexuels non protégés du 8au 19jours du cycle pour les femmes ayant des cycles entre 26 et 32 jours. Bien que labellisée par l’université de Washington, les données de la littérature sont très critiques sur l’efficacité de cette méthode. 

Le kits de détection du pic de LH, commercialisés notamment sur Internet, manquent de données sur leur fiabilité et leur efficacité.

La méthode de l’allaitement maternel et de l’aménorrhée (MAMA)

L’efficacité de cette méthode serait de 98% lorsque les trois critères suivants, pas toujours faciles à respectés, le sont : être dans les 6 premiers mois qui suivent la naissance, être en aménorrhée (définie comme l’absence de saignement 10 jours après les saignements du post-partum) et faire un allaitement complet (jour/nuit) ou quasi complet (pas plus de 4-6 h d’intervalle entre deux tétées même la nuit) et exclusif.

La méthode du retrait

Elle n’est pas recommandée comme une méthode de contraception en soi ou même comme alternative aux méthodes barrières durant la période fertile, car le taux d’efficacité en pratique courante est faible (Avis d’expert).

Quid des méthodes barrières ?

Préservatifs masculins, féminins, diaphragmes et capes cervicales, constituent des méthodes barrières physiques, et les spermicides (ovules, crèmes, éponges) les méthodes barrières chimiques. Diaphragmes et capes sont à utiliser en association avec des spermicides. Ces derniers ont une faible efficacité lorsqu’ils sont utilisés seuls. Les préservatifs sont les seuls à prévenir à la fois des grossesses non programmées et à protéger de la majorité des IST et du VIH. Le préservatif masculin reste le plus utilisé chez les 15-19 ans (45,6%), puis son utilisation diminue avec l'âge. Les taux de grossesse observés vont de 5 à 26% en utilisation correcte et de 20 à 32% en utilisation courante au cours de la première année d’utilisation.

Les méthodes de contraception naturelles et les méthodes barrières s’avèrent beaucoup moins efficaces et plus contraignantes que les méthodes médicalisées. Il est recommandé d’informer les patientes de leur mode d’emploi et de la moindre efficacité de celles-ci pour les femmes qui souhaitent les utiliser.