Récidive suicidaire : comment protéger les adolescents français ?

  • Mirkovic B & al.
  • Eur Child Adolesc Psychiatry
  • 12 févr. 2020

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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Messages principaux

  • Le risque de récidive suicidaire concerne près d’un tiers des jeunes adolescents suivis durant l’année suivant une première tentative, selon une étude prospective française. Si la sévérité de la dépression et le fait d’être pris en charge pour des troubles psychiatriques en constituent des facteurs favorisants, le fait de s’adapter (stratégies de coping) en travaillant fort, en faisant de l’activité physique ou des activités relaxantes semblent des éléments protecteurs. Il convient de les évaluer afin de mieux prévenir le risque de récidive en pratique clinique.

Le risque de récidive est très élevé après une première tentative de suicide, notamment chez les jeunes. Différentes études se sont penchées sur les facteurs favorisant cette récidive, mais peu ont été menés prospectivement pour évaluer les paramètres pouvant réduire ce risque. De tels facteurs sont déterminants lorsqu’ils amoindrissent la vulnérabilité des jeunes. Afin de mieux les connaître, une équipe française a conduit un travail prospectif à 1 an de 320 jeunes de 13 à 17 ans ayant été hospitalisés dans cinq services pédiatriques (Meaux, Crépy, Creil, Rouen, Amiens) pour une tentative de suicide.

Structures, protocoles, suivi

Parmi les 320 jeunes initialement inclus dans l’étude (âge moyen 14,73 ans), le suivi était disponible pour 135 sujets à 6 mois et 91 à 12 mois, parmi lesquels 78 filles et 12 garçons. Outre les perdus de vue, 29 sujets ont refusé de répondre aux questionnaires de suivi. Il s’agissait notamment de participants présentant un plus fort score sur l'Échelle de Désespoir de Beck que les autres.

À 12 mois, 30% avaient réalisé une nouvelle tentative de suicide. Ils avaient eu à 6 mois un plus fort score sur l'Échelle de Désespoir de Beck que les autres. Ce paramètre n’était plus significatif à 12 mois, mais ce résultat doit être pris avec précaution étant donné le nombre de perdus de vue.

Parmi les stratégies d’adaptation évoquées par les adolescents face aux problèmes et aux inquiétudes ( Adolescent Coping Scale ), le fait de « travailler fort pour réussir », de « faire de l’activité physique » et de « chercher des activités de détente » apparaissaient comme des facteurs protecteurs. Par ailleurs, parmi les traits de personnalité (TCI-56), la dimension de coopération décrivant le degré de maturité et de prise de conscience sociale de l'individu apparaissait aussi comme un facteur protecteur.

Plus la dépression était sévère et moins les stratégies d’adaptation ( coping ) de l’adolescent avaient un effet protecteur vis-à-vis du risque de récidive. Par ailleurs, le fait d’être pris en charge sur le plan psychiatrique (par médicament ou psychothérapie) constituait également un facteur de risque, sans doute parce que cela constitue un marqueur indirect de sévérité de l’atteinte de la santé mentale.

Enfin, l’étude a déterminé que le fait d’avoir déjà expérimenté des évènements stressants était un élément protecteur, mais ce constat doit être modulé par trois points : le fait que le questionnaire utilisé ( Newcombe’s Life Event questionnaire ) ne comporte pas d’évocation des violences physiques ou sexuelles, le fait qu’il n’y ait pas de distinction entre les évènements anciens et plus récents et le fait qu’un évènement stressant n’ait pas le même impact selon que l’adolescent ait ou non déjà vécu une situation négative.