Recherche systématique de la dénutrition chez le sujet âgé atteint de cancer : un impératif pour tout médecin


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Les données relatives à la dénutrition disponibles au sein de la population gériatrique atteinte de cancer restent éparses. Une récente revue de la littérature réalisée par une équipe française et parue dans Clinical Nutrition permet d’apprécier plus spécifiquement la prévalence ainsi que les conséquences de la dénutrition au sein de cette population.

Dénutrition, perte de poids, cachexie : quelles différences ?

Durant des années, ces termes ont été utilisés de manière interchangeable dans la littérature. Les critères diagnostiques de dénutrition selon la HAS1 incluent la présence d’un ou plusieurs des critères suivants : une perte de poids (≥5% en 1 mois, ou ≥10% en 6 mois), un IMC faible (2), une albuminémie

Pour les patients atteints de cancer, le terme « cachexie » serait préféré par les experts car « dénutrition » suggère que la perte de poids serait seulement due à des apports insuffisants et/ou par un trouble d’absorption. Bien sûr, ces éléments interviennent mais les changements métaboliques, endocriniens et l’activation des voies cataboliques expliquent également pourquoi le support nutritionnel, s’il est important, n’est pas suffisant à lui seul. Par ailleurs, le terme « cachexie » souligne quant à lui toute la complexité de la perte musculaire dans la physiopathologie. L’Association Francophone de Soins Oncologiques de Support (AFSOS) définit la cachexie comme « la dégradation profonde de l’état général, accompagnée d’un amaigrissement important et d’une sarcopénie », et la cachexie cancéreuse comme « un syndrome métabolique d’étiologie multifactorielle, associé à une dénutrition et dont la correction nécessite le traitement de la tumeur »2.

Quels sont les patients les plus à risque ?

Selon les données de la littérature, près de 40% des patients atteints de cancer seraient concernés par la dénutrition3. Cependant, la prévalence de la dénutrition chez ces sujets dépend des critères utilisés pour la définir, de la localisation de la tumeur, de son extension et des traitements anticancéreux utilisés. Ainsi, le taux de prévalence de la dénutrition/cachexie chez des sujets âgés souffrant de cancer et pour qui une chimiothérapie est prévue varie fortement selon les études. De fait, celle-ci pourrait concerner jusqu’à 83% des patients.

Par ailleurs, un score MNA (Mini Nutritional Assessment) faible reste significativement associé à une augmentation du risque de mortalité à 6 mois, après ajustement sur l’âge, le site tumoral et son extension, les activités de la vie quotidienne, le statut de performance, le MMSE (Mini Mental State Examination) et la numération plaquettaires (HR 2,19 [1,42-3,39], p4. Enfin, la dénutrition/cachexie serait plus souvent associée aux cancers gastro-intestinaux que non gastro-intestinaux ainsi qu’aux cancers métastasés que non métastasés.

Quels sont les symptômes associés aux traitements ?

L’anorexie, les nausées et vomissements sont les effets indésirables liés aux chimiothérapies les plus courants. Mais d’autres peuvent être présents : altération de la perception de l’odorat et/ou du goût, aversion alimentaire, mucite, xérostomie, constipation ou diarrhée, satiété précoce. Les altérations de l’odorat et/ou du goût, bien que fréquentes sous chimiothérapie, reçoivent moins d’attention. Pourtant elles peuvent induire une diminution de l’appétit, des prises alimentaires et des aversions. La perte de poids est le premier signe clinique de l’altération du statut nutritionnel. Une étude rétrospective (n=191, âge moyen 54,3 ans) a mis en évidence qu’elle était présente chez 40 à 91,6% des sujets sous chimiothérapie, selon la localisation de la tumeur5. Par ailleurs, si le risque de perte de poids est particulièrement élevé durant le traitement, il peut persister plusieurs mois après son arrêt.

Pourquoi le dépistage précoce est essentiel ?

Le dépistage précoce de la malnutrition chez les sujets âgés atteints de cancer devrait être systématique et régulier, car elle impacte la qualité de vie du patient et la prise en charge de la maladie cancéreuse. En effet, selon une étude prospective portant sur 375 sujets âgés (âge moyen 79,6 ans) atteints de cancer, la malnutrition induirait trois fois plus de modifications de traitements (analyse multivariée, OR 2,99 [1,36-6,58], p=0,007)6.