Recherche clinique et COVID-19 : quoi de neuf au 29 mai 2020?


  • Caroline Guignot
  • Actualités Médicales
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.

On le sait, la recherche thérapeutique est intense dans la lutte contre le COVID-19. Aujourd’hui, plus de 300 molécules sont évaluées ou développées et plus de 100 candidats vaccins sont en cours d’évaluation à travers le monde. Plusieurs publications parues ces 15 derniers jours permettent de faire le point sur certains d’entre eux.

Vaccins : vecteur adénoviral et ARNm en tête

La première d’entre elles porte sur les premières données de phase I publiées traitant du vaccin recombinant développé à partir d’un vecteur vaccinal de type adénovirus par la firme chinoise Cansino Biologics (Ad5-nCoV). Cet adénovirus est modifié pour exprimer la glycoprotéine de pointe S. Dans cette étude ouverte d’escalade de dose, une majorité des patients a eu des évènements indésirables à J7 (jusqu’à 83%, critère principal d’évaluation), généralement transitoires et d’intensité modérée, sans évènement grave durant les 28 jours du suivi. Cette étude a également évalué la réponse immunitaire et a montré l’existence d’une réponse humorale et cellulaire. Reste que près de la moitié des participants avaient déjà des anticorps neutralisants contre le vecteur à l'inclusion, ce qui pourrait limiter la réponse spécifique au vaccin. L’étude de phase II est en cours.

Rappelons que les données relatives aux premières évaluations du vaccin britannique concurrent ChAdOx1 nCoV-19 (désormais appelé AZD-1222) chez le macaque ont été rendues publiques . Elles ont montré qu’une dose unique du vaccin développé à partir d’un vecteur adénoviral permettait de développer des anticorps au 14 e jour, mais la proportion d’anticorps neutralisants était limitée. Aussi, l’exposition au SARS-CoV-2 28 jours après la vaccination a conduit 5 des 6 macaques à développer la maladie. Par ailleurs, si l’ARN génomique post-infection était réduit voire absent dans les voies respiratoires inférieurs chez les singes vaccinés vs non vaccinés, le taux d’ARN génomique était comparable au niveau nasopharyngé. Les auteurs suggèrent que la présentation du COVID-19 était modérée et moins forte que chez les macaques contrôles.

Les autres données cliniques récemment rendues publiques concernent le vaccin à ARNm (mRNA-1273) pour lequel le laboratoire développeur (Moderna) a émis un communiqué de presse , sans publication exhaustive des données pour l’heure. Cette étude de phase I, qui a recruté 45 personnes dans une étude d’escalade de dose, montre que les anticorps spécifiques produits atteignaient a minima ceux observés chez un sujet convalescent. Les données restaient très préliminaires puisque seules celles des 8 premiers patients étaient évoquées concernant les anticorps neutralisants. Elles rapportaient un taux comparable ou supérieur à celui de patients convalescents, et maintenu à 43 jours post-vaccination. L’étude de phase II est en cours de recrutement (600 patients).

Concernant le vaccin à ADN INO-4800, une première publication parue dans Nature a rapporté des données précliniques encourageantes en termes d'immunogénicité. Le laboratoire Inovio a déclaré que pour l’heure, aucun signal inquiétant en matière de sécurité n’était observé dans le cadre de l’étude de phase I en cours chez 40 participants depuis le mois d’avril.

Rappelons que seul mRNA-1273 et Ad5-nCoV sont pour l’heure évalués dans le cadre d’une étude de phase II, tandis que AZD-1222 et BNT-162 (un autre vaccin à ARNm) sont en évaluation dans le cadre d’essais de phase I/II.

Débats autour de l’hydroxychloroquine et du remdesivir

Cette semaine, les données préliminaires de l’étude de phase 3 contrôlée et randomisée comparant le remdesivir au placebo ont été publiées dans le New England Journal of Medicine . Elles évoquent un délai de récupération réduit et une amélioration clinique accélérée pour les patients traités versus placebo, ainsi qu’une efficacité potentiellement plus élevée dans les formes modérées de COVID-19. Parce que les données sont intermédiaires et que l’étude a des limitations méthodologiques, il convient toutefois d’être prudents, étant donné que ses conclusions sont discordantes  avec celle d’une étude chinoise parue antérieurement. Et parallèlement, une étude ouverte randomisée comparant le traitement de formes sévères par 5 ou 10 jours de remdesivir (absence de groupe contrôle), parue dans la foulée , n’a pas permis d’observer de bénéfice de la molécule sur l’évolution clinique.

Même prudence également côté hydroxychloroquine (HCQ), avec les données largement médiatisées de l’étude observationnelle et multicentrique parue dans The Lancet : elles décrivent un risque accru de mortalité à l’hôpital chez les patients atteints d’une maladie à SARS-CoV-2 (COVID-19) associé à un risque accru d’évènement cardiaque (arythmie ventriculaire) et une absence de bénéfice clinique. Ces données ont conduit à la suspension temporaire de son évaluation dans le cadre des essais cliniques menés par l’OMS.

De façon plus discrète, une étude rétrospective s’est penchée sur la famotidine, un anti-H2 utilisé en gastroentérologie et que des modélisations ont évoqué comme ayant une affinité potentielle pour la protéase 3CLpro qui contrôle la réplication du SARS-CoV-2. Une étude de cohorte observationnelle rétrospective portant sur plus de 1.600 patients hospitalisés montre que le critère principal composite d’évaluation – décès ou intubation endotrachéale – entre J2 et J30 suivant l’hospitalisation était statistiquement moins élevé parmi ceux qui étaient traités par la famotidine que chez les autres.

Notons enfin une nouvelle approche thérapeutique évaluée en France : celle du nivolumab, un anticorps monoclonal anti-PD1 utilisé en cancérologie pour augmenter la réponse des cellules T. Il va être évalué chez des sujets obèses en phase précoce de la maladie de Covid-19 dans une étude de phase III menée aux Hospices Civils de Lyon et baptisée NIVISCO . En effet, on suspecte que la réponse immunitaire de ces patients est affaiblie et pourrait expliquer le surrisque de développer une forme grave.