Recherche clinique & COVID-19 : quoi de neuf au 1er mai 2020 ?


  • Caroline Guignot
  • Actualités Médicales
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La course au vaccin se poursuit. Alors qu’une quarantaine de vaccins en développement était recensée par l’OMS fin mars, 115 candidats l'ont été début avril par la revue  Nature , dont 95 seraient en cours de développement ( Bioworld )

Bientôt une dizaine d'essais cliniques

En moins de cinq mois, 8 candidats vaccins ont déjà atteints le stade d’évaluation clinique de phase I et une  étude de phase II est même en cours en Chine. Cette dernière évalue la sécurité et l’efficacité d’un vaccin vectorisé recombinant développé à partir d’un vecteur vaccinal de type adénovirus (Cansino Biologics, 500 participants), parallèlement à une précédente  étude de phase I toujours en cours. Un concurrent, développé par l’université d’Oxford à partir d’un adénovirus, ChAdOx1 nCov-19, a fait l’objet de résultats prometteurs chez le macaque, et a motivé la mise sur pied d’un large essai clinique de phase I/II en Grande-Bretagne, planifiant  l’inclusion de 1.100 participants . Un projet qui sera développé industriellement par AstraZeneca, en cas de succès.

Un autre vaccin, utilisant une forme atténuée du virus SARS-CoV-2, et développé par une firme chinoise (SinoVac) a aussi atteint le stade des études de phase I/II après des  données encourageantes obtenues chez le macaque rhésus, une étude menée depuis une quinzaine de jours et visant à inclure 744 patients, dont environ 150 durant la première étape. Une  autre étude , académique cette fois, est conduite également en Chine à partir du nouveau virus inactivé.

Concernant les autres approches vaccinales , le recours à la « vaccination génétique » par utilisation directe d’un ARNm codant pour l’antigène d’intérêt est l’une des pistes les plus rapides à mettre en œuvre sur le plan technologique. Si la première étude clinique de phase 1 conduite pour une approche vaccinale a été lancée dès février aux Etats-Unis à partir d’un candidat de ce type – l’ ARNm-1273 codant pour la protéine de pointe S (Moderna, Johnson&Johnson et NIAID), une autre étude de phase I/II a été enregistrée et devrait débuter rapidement les inclusions, qui comparera quatre candidats vaccins à partir d’ARNm (programme BNT-162, 8.640 participants, BioNTech et Pfizer). Parallèlement, le vaccin à ADN  INO-4800 (Inovio Pharmaceuticals) a également débuté ses inclusions depuis plusieurs jours (étude de phase I, 40 participants).

Enfin, deux approches plus expérimentales sont développées en Chine et au Canada : la première repose sur l’utilisation de cellules recombinantes (cellules présentatrices d’antigènes expérimentales modifiées par vecteur lentiviral) ; deux candidats vaccins sont ainsi évalués en phase I et phase I/II (100 participants chacun). La dernière approche repose sur l’utilisation originale d’une  bactérie modifiée génétiquement  pour exprimer la protéine de pointe S et visant à stimuler l'immunité. L’étude de phase 1 qui devrait démarrer l’inclusion de 84 patients, cherche à évaluer plusieurs doses de bactéries versus placebo.

Parallèlement, l’ approche vaccinale par le BCG , qui semble être une piste intéressante contre le SARS-CoV-2, a motivé la mise en place d’une petite dizaine d’études cliniques, dont 3 sont d’ores et déjà en phase de recrutement.

Certaines équipes évoquent la possibilité de disposer d’un vaccin utilisable ‘en urgence’ avant la fin de l’année 2020, d’autres évoquent plus prudemment un potentiel aboutissement d’ici 12 à 18 mois.

Traitements pharmacologiques : de premiers résultats mais un espoir encore prudent

Parallèlement, l’étude de plus de 250 candidats médicaments est parallèlement recensée dans la prise en charge du COVID-19, qu’il s’agisse de médicaments déjà commercialisés ou non. Selon un réseau international de chercheurs,  Covid-19 - living NMA initiative , 438 études cliniques randomisées évaluent actuellement des traitements dont 336 sont des approches pharmacologiques au premier titre desquelles les antipaludéens (n=88), suivis par des anticorps monoclonaux (n=44) ou des antiviraux ou antirétroviraux (n=40).

Ces huit derniers jours, l’actualité a été égrainée de plusieurs annonces : celles relatives aux anti-IL6 d’abord, avec le  tocilizumab potentiellement intéressant dans les formes sévères de COVID-19, à l’inverse du sarilumab, ou  celles contradictoires relatives au remdesivir pour lequel, dans la même journée, des résultats négatifs issus d’une étude clinique randomisée publiée dans The Lancet , se sont opposés à ceux de communiqués de presse aux données parcellaires. Ajoutons à cela les données négatives concernant la chloroquine, apportées par une étude randomisée brésilienne évoquant des questions de sécurité, et l’absence de nouvelles données issues d’une évaluation clinique contrôlée de l’hydroxycholoroquine depuis la semaine dernière. Enfin, l 'umifenovir (ou Arbidol), qui a fait l’objet de résultats contradictoires, n’a pas confirmé son intérêt, selon une nouvelle étude rétrospective monocentrique de faible effectif (n=81) ayant inclus des cas modérés à sévères de COVID-19. Les résultats,  parus dans Clinical Microbiology and Infection , indiquent que la molécule ne permettrait pas d’améliorer le pronostic ou de favoriser l'élimination du SARS-CoV-2 chez les patients traités.

Parmi les données exploratoires nouvelles, citons une  petite étude menée avec le baricitinib , un anti-JAK qui pourrait à la fois limiter l’entrée du virus dans les cellules et limiter l’ampleur de l’orage cytokinique. Dans cet essai pilote ouvert et non contrôlé, 12 patients auraient bénéficié d’une amélioration dès la fin de la première semaine de traitement (dyspnée, oxygénation, taux de leucocytes), et auraient vu leur risque d’admission en réanimation, par rapport aux 12 patients contrôles

Aussi, s’il est permis d’envisager qu’une efficacité potentielle soit associée à certains de ces traitements dans certains contextes cliniques, aucun ne prétend pour l’heure avoir identifié la panacée pour la prise en charge de la maladie…