Réapparition du poliovirus en France : que faire si cela arrive ?


  • Fanny Le Brun
  • Actualités Médicales
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À retenir :

  • La Haute autorité de santé (HAS) vient de publier de nouvelles recommandations en cas de détection d’un cas de poliomyélite ou de la présence du virus en France
  • Le risque de résurgence de cette maladie est limité mais une vigilance reste nécessaire en raison de la persistance de foyers épidémiques dans le monde
  • En cas de survenue de poliomyélite aiguë paralytique et/ou en cas d’isolement de poliovirus sur le territoire français, il est recommandé de vérifier et éventuellement de mettre à jour le statut vaccinal des cas et des sujets contacts
  • En cas de risque de poliomyélite paralytique autochtone, une stratégie vaccinale plus offensive pourrait être nécessaire

 

La Haute autorité de santé (HAS) vient de publier de nouvelles recommandations concernant la « Stratégie vaccinale autour d'un cas de poliomyélite ou en cas de détection environnementale de poliovirus ».

Quel est le risque en France ?

En France, le dernier cas de poliomyélite autochtone remonte à 1989 et le dernier cas importé remonte à 1995. Au niveau européen, l'élimination de cette infection a été prononcée en 2002. Le risque de résurgence de cette maladie est limité en Europe grâce aux couvertures vaccinales élevées mais une vigilance active reste nécessaire en raison de la persistance de foyers épidémiques dans le monde.

La poliomyélite est une infection causée par les poliovirus appartenant au genre enterovirus. Elle est asymptomatique dans la plupart des cas (90 à 95 %) mais peut parfois se manifester sous forme de syndrome pseudo-grippal non spécifique (4 à 8 %). Dans de rares cas (environ 0,5 %), les virus peuvent atteindre le système nerveux central et provoquer des lésions irréversibles à l’origine de paralysies flasques aiguës (PFA) pouvant atteindre un ou plusieurs membres. Ces paralysies sont à l’origine de handicaps parfois très lourds et, dans de très rares cas, peuvent se généraliser et provoquer des troubles respiratoires menaçant le pronostic vital.

La transmission du poliovirus se fait soit directement par contact avec les matières fécales ou les sécrétions pharyngées d’une personne infectée, soit indirectement par ingestion d’eau ou d’aliments contaminés.

Quels sont les vaccins disponibles ?

Deux types de vaccins antipoliomyélitiques existent au niveau mondial :

  • Un vaccin oral (VPO) contenant des poliovirus atténués,
  • Un vaccin injectable (VPI) contenant des poliovirus inactivés (disponible sous forme de vaccin monovalent ou combiné).

Le VPO n’est plus utilisé depuis 1992 en France car dans de très rares cas, les virus vaccinaux peuvent être à l’origine de poliomyélite paralytique associée à la vaccination (PPAV) en cas de réversion (le virus redevient virulent), notamment chez le nouveau-né et l’immunodéprimé. De plus, ce vaccin oral peut entraîner une dissémination environnementale des virus vaccinaux et la contamination des personnes de l’entourage des vaccinés, ce qui peut conduire à l’émergence de poliovirus dérivés d’une souche vaccinale (VDPV). En effet, en cas de circulation prolongée dans une communauté insuffisamment vaccinée ou chez des individus immunodéprimés, les virus vivants atténués peuvent réacquérir des caractéristiques de virulence et de transmissibilité et être responsables de cas isolés ou de flambées de poliomyélite paralytique. Le VPO reste cependant utilisé dans le monde car il induit une meilleure immunité intestinale (avantage en cas d’épidémie), il peut indirectement vacciner d’autres personnes grâce à la propagation des virus vaccinaux, il est facile à administrer et il est moins cher.

Pour rappel, le calendrier vaccinal français prévoit chez l’enfant 2 injections obligatoires de VPI aux âges de 2 et 4 mois puis un premier rappel obligatoire à l’âge de 11 mois. Les rappels suivants sont recommandés à l’âge de 6 ans puis de 11 à 13 ans et chez l’adulte à 25 ans, 45 ans, 65 ans puis tous les 10 ans.

Quelles sont les recommandations en cas de résurgence ?

En cas de survenue de poliomyélite aiguë paralytique sur le territoire français et/ou en cas d’isolement de poliovirus sur un prélèvement humain ou sur un prélèvement dans l’environnement, il est recommandé de vérifier et de mettre à jour le statut vaccinal des cas et des sujets contacts avec le VPI. En cas de doute sur le statut vaccinal, l’administration d’une dose est recommandée.

Cette stratégie vaccinale est recommandée quel que soit le type de poliovirus (poliovirus vaccinal, sauvage ou circulant dérivé d’une souche vaccinale). Toutefois, en cas de circulation confirmée d’un poliovirus sauvage ou d’un poliovirus circulant dérivé d’une souche vaccinale faisant craindre la survenue de cas de poliomyélite paralytique autochtone en France, une cellule « d’aide à la décision » pourrait proposer une stratégie vaccinale plus offensive :

  • Administration d’une dose de VPI à toute personne dans l’entourage du cas dont la dernière dose remonte à plus d’un an,
  • Élargissement de la vérification et de la mise à jour du statut vaccinal à une aire géographique plus large que l’entourage du cas,
  • Éventuel recours au stock de vaccin oral de l’OMS et utilisation d’un VPO qui peut être administré dès la naissance.