Rage et prophylaxie antirabique en France : un bilan optimisable

  • Parize P & al.
  • Euro Surveill
  • 1 sept. 2018

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

Selon l’analyse 1995-2016 menée par le Centre national de référence de la rage, parue dans Eurosurveillance , le recours à la prophylaxie post-exposition (PEP) antirabique pourrait être amélioré en France. Les auteurs appellent de leurs vœux la rédaction de recommandations nationales ou européennes sur le sujet, qui permettraient notamment de mieux cibler les personnes nécessitant une injection d’Ig antirabique.

Rappels épidémiologiques et prophylactiques

  • La rage est considérée comme éradiquée en France métropolitaine depuis 2001 chez les mammifères terrestres. Le risque persiste concernant les chauve-souris et les animaux infectés importés illégalement.

  • La rage est due à un virus neurotrope du genre Lyssavirus. La période d’incubation peut être comprise entre 1 semaine et plusieurs mois. L’encéphalite rabique est fatale dans la quasi-totalité des cas symptomatiques. Seule une PEP initiée avant l’apparition des symptômes permet de prévenir sa survenue.

  • Deux types de PEP peuvent être utilisées selon l’OMS : la vaccination (schéma à 4 ou à 5 injections), recommandée pour les expositions de catégorie II (mordillement de la peau nue, griffures ou égratignures superficielles sans saignement) ou la vaccination associée à une administration d’Ig antirabique pour les expositions de catégorie III (morsures ou griffures ayant traversé le derme, contamination des muqueuses ou d’une peau lésée par léchage, exposition à des morsures ou griffures de chauve-souris). Toucher, nourrir un animal, ou se faire lécher sur une peau non lésée ne nécessite pas de PEP (catégorie I).

Principaux constats

  • Au total, 7 personnes sont décédées en France sur la période 1995-2016, dont 6 ont été infectées hors de France ; une seule a bénéficié d’une PEP par vaccination (sans Ig).

  • Entre 1995 et 2016, 204.296 personnes ont sollicité un centre de traitement antirabique, dont 106.233 (52,0%) ont reçu une PEP. Ce nombre a diminué de 6.254 en 1995 à 4.423 en 2016, soit une fréquence du recours à la PEP ayant évolué de 10,6 à 6,6 pour 100.000 habitants.

  • Globalement, 57.063 PEP ont été prescrites après une exposition à risque en France métropolitaine entre 1995 et 2016, un chiffre qui a diminué de plus de 50% sur la période, quelle que soit la source d’exposition. Parmi elles, 7.517 PEP (8,6%) ont été prescrites à des sujets exposés au contact avec un animal sauvage.

  • Après une exposition à risque en France non métropolitaine, la PEP était majoritairement prescrite en Guyane Française. Elle concernait principalement un contact avec un chien ou une chauve-souris (50,8% et 21,1%).

  • Enfin, le nombre de PEP suivant une exposition à risque hors du territoire français a augmenté pour passé de 5,7 % en 1995 à 33,5% de l’ensemble des prophylaxies prescrites sur le territoire en 2016 (soit 15.000 au total). Deux tiers des expositions à risque concernait six pays (Maroc, Tunisie, Algérie, Thaïlande, Inde, Indonésie).

  • Sur l’ensemble des PEP prescrites, 80,9% l’ont été après exposition d’un risque de catégorie III, 14,8% après exposition d’un risque de catégorie II et 1,9% après un risque de catégorie I. Après un risque de catégorie III, 8,8% ont reçu une injection d’Ig antirabique. Si ces injections concernaient 20,3% des sujets ayant été exposés à un risque hors de France et 6,3% à un risque en France, le taux de sujets recevant des Ig augmentait avec le temps dans ces deux catégories.

Perspectives

  • Deux tendances sont soulignées par les auteurs : la première est l’augmentation du recours aux Ig antirabiques pour les sujets exposés à un risque en France métropolitaine, non soutenue par des arguments épidémiologiques. La seconde est l’augmentation de l’ensemble de l’activité PEP expliquée par le développement du tourisme et qui nécessite une information et une sensibilisation sur les destinations à risque et des attitudes prophylactiques à adopter.

  • Les auteurs de l’article suggèrent que des recommandations nationales ou européennes sur le sujet soient développées pour améliorer la prise en charge du risque lié à la rage en France et permettent notamment de réserver les Ig antirabiques, coûteuses, aux seuls cas les nécessitant..

Principales limitations

Les données n’étaient pas exhaustives, 80 à 95% des centres de traitement antirabique ayant transmis leurs données selon l’année.