Qui va financer les besoins de formation des internes en oncologie ?


  • Serge Cannasse
  • La Tribune
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L’oncologie est une spécialité qui bouge très vite, imposant à ses praticiens, et a fortiori à ceux qui sont en formation, de s’informer en permanence. Pour cela, les internes en oncologie ont besoin de pouvoir assister aux congrès nationaux et internationaux, notamment celui, annuel, de l’ASCO (American Society of Clinical Oncology) à Chicago. Cela coûte cher et jusqu’à récemment, c’est l’industrie pharmaceutique qui permettait à nombre d’entre eux d’être défrayés, un salaire d’interne étant à l’évidence insuffisant pour payer voyage, hébergement et frais d’inscription. Depuis cet été, cela n’est plus possible : la loi n° 2019-774 du 24 juillet 2019 relative à l’organisation et à la transformation du système de santé (article 77) a confirmé l’ordonnance du 19 janvier 2017 leur interdisant aux internes, mais également à leurs associations représentatives, « de recevoir des avantages en espèces ou en nature, sous quelque forme que ce soit, d'une façon directe ou indirecte », notamment pour des frais dits d’hospitalité (transport, logement, nourriture…), de la part des laboratoires pharmaceutiques.
L’AERIO (Association pour l’enseignement et la recherche des internes en oncologie) ne conteste pas le principe de cette ordonnance et se déclare attachée à l’indépendance de la formation. Mais si elle est en plein accord avec le refus « d’avantages » procurés à titre individuel, elle souhaite que les associations puissent continuer à être financées au titre de l’aide à la formation de leurs adhérents (et sur une ligne budgétaire distincte) : départs en congrès, inscriptions en DU, mais aussi cours nationaux d’oncologie organisés annuellement par l’association et actuellement menacés. Elle est bien consciente que cette prise de position fait débat avec des associations d’internes d’autres spécialités.
Mais elle fait remarquer que l’industrie assurait aussi plusieurs prestations très utiles, voire indispensables pour une spécialité en constante mutation, et qui venaient compléter l’enseignement académique : modules de formation, notamment ceux organisés par les professeurs de l’Université d’appartenance, aux sujets variés (dernières actualités diagnostiques et thérapeutiques, comment écrire un article scientifique, comment rédiger sa thèse, comment échanger avec les patients et leurs familles, etc), aide à l’inscription et aux frais d’assistance aux DU et DIU, dont l’enseignement se déroule souvent dans une Faculté éloignée de celle où ils sont inscrits, anglais médical, etc. L’AERIO note également que le développement des médicaments innovants oncologiques nécessite inévitablement l’implication des praticiens hospitaliers, dont les internes.
Dernier point sur le sujet et non des moindres : les internes en oncologie se sentent infantilisés. Ils sont âgés de 25 à 30 ans, prennent quotidiennement des décisions difficiles et ont une formation scientifique depuis le premier cycle des études médicales qui leur assure un regard critique sur les traitements qu’on leur présente. D’autant plus qu’une fois l’internat terminé, cette restriction de financement ne s’applique plus du jour au lendemain.
Le coût de l’ensemble des actions de formation en direction des internes français et auparavant couvertes par l’industrie s’élève à environ un milliard d’euros. Pour l’AERIO, il est urgent que l’Etat prenne en charge ces frais de formation ! Mais pour l’instant il ne le fait pas. Reporter les coûts sur les internes contribue pourtant à creuser les inégalités de formation.
L’association regrette qu’aucune discussion n’ait eu lieu entre les associations d’internes de spécialité et le Gouvernement quand la loi de juillet 2019 était en projet (ou en discussion).
Dans ses autres revendications, elle émet une crainte profonde sur l’avenir de l’égalité des soins. La plupart des traitements innovants en oncologie coûtent cher. Elle redoute que notre système de soins s’oriente vers la disparition de l’accès pour tous à ces thérapeutiques pour des problématiques budgétaires. Elle rejoint également les revendications des autres associations d’internes quant à leur temps de travail, non décompté, ce qui permet de l’allonger considérablement sans frais supplémentaire pour l’hôpital, pour pallier au manque de personnels. L’oncologie est une spécialité où le temps pris avec les patients est particulièrement précieux et indispensable, mais menacé par un report de tâches sur les internes, faisant souvent office de main d’oeuvre bon marché à l’hôpital.

Merci à Natacha Naoun, de l’AERIO, pour sa participation à l’écriture de cet article.