Quels sont les éventuels risques liés à l’utilisation de la duloxétine durant la grossesse ?

  • Huybrechts KF & al.
  • BMJ
  • 19 févr. 2020

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir 

Sur la base des données disponibles à ce jour, l’exposition in utero à la duloxétine ne conduirait pas à un sur-risque tératogène majeur. En effet, une étude vient de mettre en évidence que le risque global de malformations congénitales ou spécifiquement cardiovasculaires, ou celui d’un petit poids de naissance ne serait pas augmenté chez les enfants exposés in uteroà la duloxétine. En revanche, une exposition tardive augmenterait le risque de prématurité de 19%. Les mères quant à elles auraient un sur-risque d’hémorragie post-partum de 53% mais pas de sur-risque significatif de pré-éclampsie.

Ces résultats sont cohérents avec ceux de revues systématiques de la littérature. Il est essentiel de continuer à évaluer la sécurité d’emploi de ce traitement au cours de la grossesse. Les auteurs soulignent que cette étude n’a pas exploré les conséquences d’une prescription de duloxétine sur l’allaitement, et que cet aspect reste donc à évaluer.

Pourquoi cette étude a-t-elle été menée ?

À partir de l’utilisation de la duloxétine dans la fibromyalgie en 2008, la Food and Drug Administration (FDA) a demandé aux laboratoires commercialisant la molécule de suivre l’évolution des événements indésirables lors de son utilisation chez la femme enceinte. 

Ces données sont importantes et doivent venir en parallèle des bénéfices pour la mère et le fœtus de l’utilisation de la duloxétine dans un contexte de dépression ou de douleurs durant la grossesse.

Protocole de l’étude

Cette étude de cohortes imbriquées a inclus des femmes enceintes américaines âgées de 18 à 55 ans ainsi que leurs nouveau-nés. Les données sont issues du Medicaid Analytic extract entre 2004 et 2013.

Autres résultats

La taille des cohortes variait entre 1,3 et 4,1 millions de sujets et le nombre de femmes exposées à la duloxétine entre 2.500 et 3.000 femmes en début de grossesse et 900-950 en fin. Le risque relatif de naissance avant terme sous duloxétine versusl’absence d’exposition était de 1,01 [0,92-1,10], de malformations congénitales était de 1,11 [0,93-1,33], de malformations cardiovasculaires de 1,29 [0,99-1,68], de pré-éclampsie de 1,12 [0,96-1,31] et celui d’hémorragie post-partum de 1,53 [1,08-2,18]. Les auteurs évoquent que le sur-risque d’hémorragie post-partum avait déjà été identifié avec un autre inhibiteur de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline à savoir la venlafaxine.

Un léger sur-risque de malformations cardiaques congénitales et de petit poids de naissance a été identifié mais n’a pas été confirmé par les analyses de sensibilité (respectivement 1,29 [0,99-1,68] et 1,14 [0,92-1,41] seulement pour une exposition précoce pour le petit poids de naissance).

Principales limitations

Il se peut que la date des dernières règles ait été mal estimée pour certaines femmes. Par ailleurs, toutes celles qui ont reçu une prescription de duloxétine n’ont pas forcément pris le traitement.