Quels sont les déterminants de la criminalité chez les adolescents ?

  • Hughes N & al.
  • Lancet Child Adolesc Health
  • 28 févr. 2020

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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L’adolescence… une étape sensible

L’adolescence est une étape clé de maturation marquée notamment par des aspects cognitifs et émotionnels et par les interactions avec l’environnement social. Ainsi, les troubles neuro-développementaux et plus globalement de santé durant l’enfance, les traumatismes crâniens, les expériences traumatisantes ou d’adversité peuvent avoir un effet significatif sur les trajectoires de développement d’un individu. Les recours judiciaires sont particulièrement fréquents dans cette tranche d’âge et sont bien souvent prédictifs d’actes de criminalité à l’âge adulte. 

Quels sont les déterminants affectifs et de santé qui augmentent le risque d’être en contact avec la justice avant 18 ans ?

Une revue de la littérature sur le sujet a retrouvé que :

  • La prévalence estimée des déficits intellectuels ou troubles de l’apprentissage chez les adolescents atteindrait 2 à 4% dans la population générale versus 7 à 15% pour diverses populations ayant eu affaire à la justice pénale et 27 à 32% chez les jeunes en détention. La prévalence des troubles psychiatriques graves chez les jeunes incarcérés serait de 60 à 70% chez les hommes et 60-80% chez les femmes entre 10 et 18 ans, contre 7 à 12% dans la population générale.
  • Des taux plus importants de dépression, d’anxiété et de psychose sont également retrouvés chez les jeunes adultes incarcérés que chez les autres. Cependant dépression et anxiété peuvent avoir un effet sur la délinquance et vice-versa.
  • Les troubles de la conduite seraient plus de cinq fois plus fréquents chez les enfants de 5 à 16 ans ayant des troubles de l’apprentissage que chez les autres.
  • La prévalence du trouble de l’hyperactivité avec déficit de l’attention (TDAH) serait de 3 à 7% chez les 10-19 ans de la population générale et atteindrait 11,7% chez les jeunes incarcérés. L’association n’est semble-t-il pas directe, mais médiée par la consommation accrue de drogues et par les troubles de la conduite.
  • Bien qu’il n’y ait pas de preuve suffisante pour tirer des conclusions robustes, des associations ont été mises en évidence entre les symptômes liés à l’alcoolisation fœtale (hyperactivité, troubles cognitifs et fonctionnel) et les comportements criminels ultérieurs.
  • Un traumatisme cérébral durant l’enfance peut entraîner des difficultés fonctionnelles susceptibles d’altérer le comportement, la cognition, la communication sociale, le contrôle des impulsions, l’empathie, la réponse aux émotions des autres, etc. Une revue systématique a suggéré que 32 à 50% des jeunes en détention avaient déclaré un traumatisme cérébral ayant entraîné une perte de conscience contre 5 à 24% dans la population générale.
  • Les preuves de l’impact négatif d’une situation d’adversité durant l’enfance sur le développement neurologique à long terme sont de plus en plus nombreuses. Une exposition prolongée à un stress peut perturber le développement et le fonctionnement du cerveau, réduire les capacités de l’individu à réguler ses impulsions et exacerber les réponses au stress. Aux États-Unis, le taux de sujets ayant eu des traumatismes durant l’enfance est deux fois plus élevé chez les jeunes ayant eu affaire à la justice que chez les autres. Parmi les causes d’adversité qui peuvent influencer la criminalité chez les adolescents, il y a notamment les expériences traumatisantes au sein ou en dehors de la famille, les expériences de guerre, de violence communautaire, d’accident.
  • Plusieurs données suggèrent une prévalence accrue du trouble de stress post-traumatique dans les populations ayant affaire à la justice.
  • Des preuves solides montrent que la santé mentale des adolescents peut être influencée par des discriminations sociales, ethniques, la privation de voisinage, le taux de chômage élevé des jeunes, le niveau de soutien communautaire et une faible cohésion sociale. Un faible QI (Quotient intellectuel), l’échec scolaire sont également associés à des comportements de criminalité ultérieure. 

Ces déterminants ne sont pas présentés comme des causes directes de criminalisation avant 18 ans, mais illustrent des inégalités qui peuvent conduire à l’augmentation du risque d’avoir affaire à la justice.