Quels sont les critères qui incitent un chirurgien orthopédique à proposer une arthroplastie totale de hanche ou de genou ?

  • Huynh C & al.
  • Osteoarthr Cartil
  • 11 juil. 2018

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir 

Les résultats de cette étude française confirment que les scores radiographiques et les symptômes sont des facteurs indépendamment associés à l’indication d’une arthroplastie totale par un chirurgien orthopédique. La décision du chirurgien est fortement basée sur la sévérité radiologique (c’est-à-dire arthrose modérée à sévère) chez des patients douloureux et présentant des limitations fonctionnelles. 

Les auteurs pensent également que l’âge est un facteur important, notamment pour les gonarthroses. Enfin, cette étude confirme que le sexe, l’IMC et les comorbidités ne sont pas associés à la préconisation d’arthroplastie totale de la part du chirurgien.

Pourquoi est-ce important ?

La hanche et le genou sont les deux localisations les plus invalidantes en cas d’arthrose avancée. Ces deux affections constituaient en 2010 la 11cause la plus importante d’invalidité à travers le monde. L’arthroplastie est l’étape ultime de la prise en charge. Compte tenu du vieillissement de la population, les besoins d’arthroplastie risquent d’augmenter. De précédentes études s’étaient déjà intéressées au sujet mettant en avant que l’intensité des symptômes et l’atteinte articulaire à la radiographie constituaient des facteurs clés de la décision. En revanche, pour l’âge du patient, les comorbidités et la qualité de vie, l’association n’était pas claire, et elle restait à explorer pour d’autres facteurs. Il était donc intéressant d’identifier finement les critères clés de la préconisation de cet acte par les chirurgiens orthopédiques.

Méthodologie

En 2010, une importante étude internationale a évalué les seuils de douleur et l’incapacité fonctionnelle liés à l’indication d’arthroplastie totale. Les conclusions de cette étude ont mis en évidence que, même si la douleur et l’atteinte fonctionnelle jouaient un rôle important pour la décision du chirurgien, aucun seuil n’avait réellement pu être mis en évidence. En revanche, les données de cette étude ont servi aux analyses complémentaires présentées ici. Les patients qui consultaient un chirurgien orthopédique pour arthrose avancée du genou ou de la hanche ont été inclus consécutivement dans l’étude. Les indications du chirurgien pour préconiser une arthroplastie totale de l’articulation concernée étaient recueillies, ainsi que les caractéristiques des patients incluant les comorbidités, la situation sociale, la durée des symptômes liés à l’arthrose, la douleur, la rigidité et la fonctionnalité articulaire (mesurées par l’index de WOMAC), la qualité de vie liée à l’atteinte articulaire, le grade OARSI pour le pincement de l’interligne articulaire (grade 0 à 4) et les caractéristiques liées au chirurgien.

Principaux résultats

Sur les 1.905 patients inclus pour les analyses (âge moyen 66,5 ans ±10,8, 58,0% de femmes, la durée moyenne des symptômes était de 6,3±8,4 ans pour les patients atteints de gonarthrose et de 3,3±3,4 ans pour les patients atteints de coxarthrose. L’IMC moyen était respectivement de 31,0 ±6,8 kg/met 28,3±5,1 kg/m2).

Au total, 49,8% des patients consultant pour gonarthrose avancée se sont vus préconiser une arthroplastie totale par le chirurgien, ainsi que 69,7% de ceux consultant pour coxarthrose. Après analyse multivariée (n=516 cas avec données complètes), seuls le grade radiographique du pincement de l’interligne articulaire et le score WOMAC total ont été associés à l’indication d’arthroplastie totale (respectivement odds ratio (OR) pour chaque augmentation d’une valeur de grade de pincement de l’interligne articulaire de 2,90 [1,69-4,97] pour l’arthrose du genou et de 3,30 [2,17-5,03] pour la hanche, et OR pour chaque augmentation de 10 points du score de WOMAC total de 1,65 [1,32-2,06] pour l’arthrose du genou et de 1,38 [1,15-1,66] pour l’arthrose de la hanche.

Dans près de 50% des cas de gonarthrose et de coxarthrose, lorsque le chirurgien ne préconisait pas d’arthroplastie totale, ses arguments portaient surtout sur une atteinte insuffisamment symptomatique.

Principales limitations

Un nombre conséquent de données étaient manquantes, probablement du fait des multiples sites participants.