Quels marqueurs biologiques pour distinguer maladie d’Alzheimer et démence à corps de Lewy ?

  • Bousiges O & al.
  • Clin Chim Acta
  • 21 nov. 2018

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

Selon cette revue française de la littérature, seuls la protéine Tau totale (t-Tau), phospho-Tau 181  et les peptides Aβ42 et Aβ40 présents dans le liquide céphalo-rachidien (LCR) constituent des marqueurs biologiques utilisables en routine pour le diagnostic de la maladie d’Alzheimer et peuvent contribuer au diagnostic différentiel de la démence à corps de Lewy (DCL). Les protéines t-Tau et phospho-Tau 181  apparaissent comme les plus discriminantes. En l’absence de modification d’autres biomarqueurs, une diminution des taux de peptides Aβ42 est en faveur d’une DCL de stade avancé, tandis que le rapport Aβ42/Aβ40 montre un meilleur pouvoir discriminant quels que soient les stades. Le développement de nouveaux biomarqueurs tels que la phospho-alpha-synucléïne, pourrait aider à mieux distinguer les deux pathologies à l’avenir.

Pourquoi cette revue a-t-elle été réalisée ?

Chez le sujet âgé, la démence à corps de Lewy est la pathologie neurodégénérative la plus fréquente après la maladie d’Alzheimer. Au plan clinique, la MA représente le principal diagnostic différentiel de la DCL, les symptômes de ces deux pathologies étant voisins, en particulier aux stades précoces. De plus MA et DCL sont fréquemment associées. La DCL est alors masquée et on estime que deux tiers des patients ne sont pas ou sont mal diagnostiqués. L’imagerie SPECT (Single Photon Emission Computed Tomography) ou la polysomnographie peuvent permettre de distinguer les deux pathologies, mais de nouveaux biomarqueurs sont attendus. La MA est caractérisée au plan histologique par une amyloïdopathie et une tauopathie, tandis que la DCL est une synucléïnopathie. Une équipe française a donc passé en revue la littérature de façon à évaluer la pertinence des marqueurs biologiques du liquide céphalorachidien associés à ces différentes situations pathologiques et ainsi améliorer la précision du diagnostic de DCL.

La protéine Tau, marqueur classique de la MA

t-Tau, phospho-Tau 181,  Aβ42 et Aβ40 sont des marqueurs couramment utilisés dans la MA. Des taux élevés de protéines phospho-Tau 181  ont montré un bon pouvoir discriminant quel que soit le stade de sévérité, ces marqueurs restant inchangés dans les démences autres que la MA.

Les concentrations de protéine Tau totale (t-Tau) généralement plus élevées dans la MA constituent un marqueur possible, mais ne permettent pas toujours de distinguer MA et DCL sont de ce fait difficilement utilisables en pratique courante.

Les peptides amyloïdes

Une baisse des taux de peptide amyloïde Aβ42 dans le LCR est pathologique chez les patients avec démence à corps de Lewy (DCL) au stade de démence, mais la différence n’est pas toujours significative avec les patients atteints de MA.

Les concentrations de peptide amyloïde Aβ40, qui reflètent la production physiologique de peptides b-amyloïdes totaux, augmentent aux stades précoces de MA pour retrouver progressivement des niveaux normaux aux stades de démence. Ces concentrations varient également au cours de la pathologie dans la DCL. Elles semblent diminuées chez les patients DCL par comparaison aux patients MA, mais ont encore fait l’objet de peu d’études et la différence n’apparaît pas toujours nettement. Le rapport Aβ42/Aβ40 montre un meilleur pouvoir discriminant, quels que soient les stades, notamment au stade prodromal.

Alpha-synucléïne et autres biomarqueurs à venir

L’alpha-synucléïne fait actuellement l’objet d’un intérêt croissant. Des agrégats diffus sont observés dans l’ensemble du cerveau chez les patients DCL. Il est probable que cette accumulation soit associée à une réduction de leur présence dans le LCR comme cela est le cas dans la MA pour les peptides amyloïdes et la protéine Tau totale. Si cette hypothèse était vérifiée, cette protéine pourrait représenter un biomarqueur intéressant pour distinguer la DCL d’autres pathologies neurodégénératives. Pour l’heure, même si des résultats contradictoires apparaissent, un consensus semble se dégager sur le fait que les concentrations d’alpha-synucléïne sont plus basses au cours de la DCL et des synucléopathies en générale, que dans la MA. Ces différences seraient probablement liées à une augmentation de cette protéine chez les patients MA plutôt qu’à une diminution chez les sujets DCL. Et il a été montré qu’associées aux marqueurs Tau et Aβ, le taux d’alpha-synucléïne pouvait améliorer le diagnostic biologique de MA.

Par ailleurs, la forme phosphorylée de l’alpha-synucléïne sur la sérine S129 pourrait jouer un rôle dans l’agrégation de la protéine et dans le processus physiopathologique de la DCL. Elle pourrait donc constituer un bon candidat pour le diagnostic différentiel de DCL, mais des essais seront nécessaires pour le confirmer. D’autres biomarqueurs du LCR comme YKL-40, une protéine impliquée dans la neuroinflammation, la neurogranine, un marqueur de la neurodégénérescence ou la Visinine like protéine 1, une protéine de régulation de l’activité neuronale, sont également augmentés dans la MA par rapport à la DCL et constituent des candidats marqueurs prometteurs pour distinguer les deux pathologies, mais doivent encore être confirmés.