Quelles sont les principales causes d’urgences gastro-intestinales chez les sujets atteints de cancer ?

L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. Inscrivez-vous gratuitement

Avec les progrès thérapeutiques, un nombre grandissant de sujets atteints de cancer peuvent continuer à vivre à domicile. Ces patients peuvent cependant présenter des complications mortelles liées à la malignité elle-même ou aux effets secondaires des traitements. L’atteinte des muqueuses par les chimiothérapies augmente le risque d’infections abdominales et de choc septique chez ces patients. Une étude menée à l’hôpital Universitaire Saint-Louis à Paris s’est attachée à décrire les complications gastro-intestinales conduisant les sujets atteints de cancer à être admis aux urgences et à décrire les facteurs de risque associés à la mortalité hospitalière liée à ces évènements.

Méthodologie

  • Tous les patients atteints de cancer et admis pour syndrome abdominal aigu en Unité de Soins Intensifs (USI) à l’hôpital Saint-Louis de Paris, durant la période 1997-2011, ont été inclus dans l’étude.
  • Le critère principal d’évaluation était le pourcentage de patients en vie à la sortie de l’hôpital et l’objectif principal de l’étude était l’identification des facteurs associés à ce critère.

Résultats

  • Parmi 3.222 patients atteints de cancer admis en USI durant la période de l’étude, les données complètes de 164 patients étaient disponibles et ont été incluses dans l’étude.
  • 230 patients (79%) avaient un cancer hématologique et 34 (21%) un cancer solide. Le délai moyen entre le diagnostic du cancer et l’admission en USI était de 5,3 mois.
  • La plupart des patients (n=111, 79%) avaient reçu une chimiothérapie dans les 30 jours qui précédaient leur admission.
  • Les diagnostics les plus fréquents étaient : l’entérocolite neutropénique (n=54, 33%), la colite infectieuse et la péritonite (n=51, 31%), l’infiltration maligne intestinale (n=14, 9%) et la toxicité muqueuse liée à la chimiothérapie (n=12, 7%).
  • Les infections microbiologiquement documentées ont été signalées chez 82 patients (50%) dont 12 infections fongiques.
  • 27 patients (16%) ont subi une intervention chirurgicale en urgence.
  • Le taux de mortalité hospitalière était de 35%.
  • Cinq facteurs ont été indépendamment associés à la mortalité hospitalière, deux amenant à un meilleur pronostic (la confirmation d’une infection (OR 0,27 [0,11-0,64], p<0,01), la neutropénie (OR 0,42 [0,19-0,95], p=0,03), et trois à un plus mauvais pronostic (le score d’indice de gravité simplifié (IGS II) à J1 (OR 1,03 [1,01-1,05], p<0,01), les antécédents de transplantation hématopoïétique allogénique (OR 5,13 [1,71-15,4], p<0,01) et la nécessité de recours à une ventilation mécanique (OR 3,42 [1,37-8,51], p<0,01).
  • La mortalité était inférieure chez les sujets présentant une neutropénie à l’admission.

Limitations

Étude monocentrique

Sujets recrutés sur une longue période, au cours de laquelle les traitements anticancéreux ont pu évoluer.

À retenir

Ces résultats montrent que les urgences gastro-intestinales surviennent chez 5,3% des patients atteints de cancer et présentant un état sévère. Ces situations augmentent significativement la mortalité, celle-ci étant elle-même corrélée à la fois à la sévérité de l’atteinte de l’organe considéré lors de l’admission en Unité de Soins Intensifs et au diagnostic sous-jacent. Les auteurs soulignent que, de manière étonnante, les patients admis en USI avec une neutropénie ont présenté un meilleur pronostic vital.