Quelles caractéristiques permettraient de prédire le risque de récidive d’un cancer du sein lié à une grossesse ?

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  • Par Nathalie Barrès
  • Actualités médicales
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À retenir

Le cancer du sein associé à la grossesse est défini comme un cancer survenant durant la grossesse ou dans l’année qui suit l’accouchement. Une équipe française a œuvré pour construire un nomogramme prédictif de la récidive à 3 ans, sur la base de données cliniques, histologiques et immuno-histochimiques. Les données indiquent que 22% des femmes suivies avaient une récidive (loco-régionale dans deux tiers des cas). Ce nomogramme prédictif de récidive a été proposé à partir de 5 caractéristiques cliniques et pathologiques. Reste maintenant à procéder à une validation externe avant utilisation en pratique de cet outil.

Pourquoi ces résultats sont intéressants ?

Ce  type de cancer représente un défi majeur. Certaines données mentionnent un risque de récidive et de mortalité de l’ordre de 40%. Actuellement, la prise de décision médicale et les conseils transmis aux patientes sont principalement basés sur le jugement du clinicien. En raison de leur faible incidence (environ 0,4% de l’ensemble des cancers du sein diagnostiqués entre 16 et 49 ans), il est très difficile de mener des essais cliniques contrôlés, randomisés. Ainsi, un outil permettant de juger du pronostic de récidive sur la base de données cliniques, histologiques et immuno-histochimiques est particulièrement utile pour la prise en charge médicale la plus adaptée et un suivi de qualité.

Méthodologie

Cette étude rétrospective a été menée à partir des données de 96 femmes atteintes de cancer du sein associé à la grossesse et prises en charge à l’hôpital universitaire de Tenon, entre janvier 2002 et janvier 2018. Ces informations ont été recueillies grâce au réseau national français des cancers du sein associés à la grossesse. Le suivi clinique consistait en un examen physique et radiologique tous les 3 mois durant les 2 premières années, puis tous les 6 mois jusqu’à 5 ans, et enfin tous les ans au-delà.

Principaux résultats

Sur la période de l’étude, les données de 111 femmes ont été extraites de la base de données. Après exclusion de quelques cas notamment par manque de données, 95 femmes ont été incluses dans les analyses. L’âge moyen au diagnostic était de 35 ans, diagnostic réalisé dans 49% des cas durant la grossesse et pour le reste dans l’année post-partum. La durée médiane de suivi des femmes étaient de 40,9 mois. La taille médiane de la tumeur de 35 mm. La quasi-totalité des femmes (96%) ont eu une intervention chirurgicale, 41% une chirurgie conservatrice du sein et 56% une mastectomie. En ce qui concerne les traitements, une immense partie de la population a bénéficié d’une radiothérapie (87%), 48% d’une chimiothérapie néoadjuvante et 55% d’une chimiothérapie adjuvante.

Le taux global de récidive et de décès était respectivement de 22% et 7,3%. À 3 ans, le taux de récidive était quant à lui de 13% et le taux de survie de 95%. Le délai médian avant la première récidive était de 25 mois. Parmi les femmes qui ont eu une récidive, 66,7% ont eu une récidive loco-régionale (sein, nodule lymphatique) et 33,3% une récidive à distance.

Les chercheurs ont conçu un nomogramme basé sur 5 caractéristiques cliniques et pathologiques : l’âge au diagnostic, le type histologique, la classe immuno-histologique, le stade de la tumeur (TNM) et le stade ganglionnaire (TNM). Ces caractéristiques ont été associées à un mauvais pronostic avec un indice de concordance élevé (0,78 [0,76-0,80]).