Quelles associations entre épreuves de vie durant l’enfance et santé et éducation quelques années plus tard ?

  • Houtepen LC & al.
  • PLoS Med
  • 1 mars 2020

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir 

De plus en plus de données font prendre conscience qu’une expérience de vie difficile durant l’enfance ou l’adolescence -abus, négligence parentale, addiction parentale…- peut avoir un impact durable sur l’individu. Une étude anglaise portant sur une cohorte de naissance suggère globalement qu’une mauvaise expérience de vie durant l’enfance ou l’adolescence est associée à un niveau d’éducation plus faible et à un risque plus important de dépression, de consommation de drogue et de tabagisme à 16-17 ans. Le niveau socio-économique du foyer familial n’expliquerait pas à lui seul ces relations. Ceci suggère que pour être bénéfiques, les interventions préventives doivent tenir compte de plusieurs champs de la cellule parentale (économie, social, éducation, addiction).

Protocole de l’étude

Les données sont issues de l’étude Avon Longitudinal Study of Parents and Children (ALSPAC), une étude prospective de cohorte d’enfants nés dans le sud-est de l’Angleterre entre 1991 et 1992. Les expériences de vie difficiles considérées dans l’étude comprennent les abus sexuels, physiques, émotionnels, la négligence émotionnelle, certains comportements ou évènements liés aux parents (violence, séparation, toxicomanie parentale, troubles mentaux, crime).

Principaux résultats

Au total, 9.959 individus ont été inclus dans les analyses portant sur les résultats scolaires à 16 ans, et 4.917 dans les analyses sur la santé à l’âge de 17 ans. Parmi les premiers, 84% ont déclaré avoir vécu au moins une situation de vie difficile parmi celles décrites dans le protocole de l’étude, avant l’âge de 16 ans – 23,6% en ont déclaré un, 36,5% deux ou trois, 23,8% quatre ou plus. Par ordre croissant de fréquence, ces évènements comprenaient, les abus sexuels (4,1%), la condamnation d’un parent pour crime (10,5%) la toxicomanie parentale (15,1%), les abus physiques (19%), les abus émotionnels (23,9%), la négligence émotionnelle (23,9%), la violence entre les parents (25,3%), l’intimidation (26,2%), la séparation parentale (33,8%) et des troubles mentaux chez les parents ou des tentatives de suicide (48,6%). La prévalence de certaines de ces situations différait en fonction du sexe : les abus sexuels et physiques étaient plus fréquents chez les filles – respectivement 20,9% vs 17,1% et 6,0%vs 2,3%, alors que d’autres situations étaient plus fréquentes chez les garçons – la négligence émotionnelle 26,5% vs 21,2%, l’intimidation 28,6% vs 23,7%.

La plupart des individus ayant eu une expérience de vie difficile durant l’enfance ou l’adolescence avaient un niveau d’éducation faible à l’âge de 16 ans. L’association la plus forte avec un faible niveau d’éducation a été mise en évidence chez les individus ayant connu des situations de négligence émotionnelle durant l’enfance.

Les expériences de vie difficiles durant l’enfance et l’adolescence ont été associées à la dépression, la prise de substances illicites et au tabagisme à l’âge de 17 ans. En revanche, cette étude n’a pas mis en évidence de manière robuste d’association entre ces évènements et l’obésité ou la consommation d’alcool chez les grands adolescents.

Un statut socioéconomique parental élevé ne modifierait pas l’association entre l’événement de vie délétère et leurs conséquences néfastes sur la santé ou le niveau d’éducation de l’enfant. 

Principales limitations

Les individus issus de milieux socioéconomiques défavorisés étaient plus susceptibles d’être perdus de vue.