Quelle est l’efficacité de la vaccination antigrippale chez les plus de 60 ans ?

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La capacité d’un vaccin à réduire le risque de grippe et de ses complications varie beaucoup chez les personnes âgées selon l’activité du virus, le délai entre la vaccination et la survenue des premiers symptômes, la correspondance entre la souche vaccinale et la souche circulante et le type ou le sous-type du virus concerné. Cette variabilité est encore accentuée par des facteurs individuels comme l’âge ou la présence de comorbidités. Lors d’une première méta-analyse réalisée sur les données agrégées d’études cas-témoins, l’équipe de Maryam Darvishian avait montré une efficacité modérée de la vaccination antigrippale chez les personnes de 60 ans ou plus. Mais l’analyse n’avait pu être ajustée sur les facteurs individuels de confusion tels que le sexe, l’âge, le tabagisme ou la présence de pathologies chroniques. Et par ailleurs, l’efficacité vaccinale chez les plus fragiles (>75 ans ou pathologies chroniques) n’avait pu être estimée à partir des données agrégées. La même équipe a donc résolu d’entreprendre une nouvelle méta-analyse à partir des données individuelles des mêmes études.

Méthodologie

  • Une première méta-analyse réalisée à partir de données agrégées avait été conduite en 2014. Elle avait inclus les études cas-témoins ayant évalué l’efficacité de la vaccination antigrippale saisonnière en partant d’une hypothèse nulle, publiées jusqu’en juillet 2014.
  • Les auteurs de ces études ont été contacté afin d’obtenir les données individuelles et de réaliser une nouvelle méta-analyse.
  • Les patients étaient exclus lorsque leur statut vaccinal ou leur statut cas (confirmé par un test en laboratoire)/témoins étaient inconnus ou encore s’ils avaient été suspectés d’une infection par influenza plus d’une fois au cours de la même épidémie grippale.
  • Les cas étaient des patients présentant des symptômes grippaux et dont les tests viraux avaient été positifs aux virus A H1N1, A H1N1pdm09, A H3N2 ou au virus B de la grippe.
  • Les contrôles étaient des patients présentant des symptômes grippaux, mais dont les tests avaient été négatifs pour ces mêmes virus.
  • Critère primaire d’évaluation : efficacité du vaccin contre l’ensemble des virus.
  • Critère secondaire : efficacité spécifique contre certains types ou sous-types de virus.
  • Un modèle linéaire à effet mixte était utilisé pour mesurer l’efficacité vaccinale selon que le vaccin correspondait ou non à la souche circulante du virus Influenza, et en fonction de l’activité du virus (période épidémique ou non).
  • L’efficacité du vaccin était définie par une réduction du risque d’infection par un virus de la grippe identifié chez les patients vaccinés par rapport aux patients non vaccinés.
  • Une analyse en sous-groupe était conduite pour estimer l’efficacité vaccinale selon l’hémisphère (Nord ou Sud) de l’épidémie considérée, l’âge et l’état de santé.

Résultats

  • 23 jeux de données individuelles (1 jeux = données d’1 épidémie grippale) ont pu être recueillis sur les 53 jeux de données agrégées prises en compte dans la première méta-analyse. Ils représentaient les données de 5.210 participants, dont 4.975 avaient des données suffisantes pour l’analyse : 1.829 étaient des cas et 3.146 étaient des témoins.
  • La vaccination avait une efficacité estimée significative durant la période d’épidémie grippale, que la souche vaccinale corresponde ou non à la souche circulante. L’estimation de l’efficacité du vaccin était cependant plus forte lorsqu’il y avait correspondance entre la souche vaccinale et la souche circulante : 44,38% [IC95% : 22,63-60,01] ; elle était de 20,00% [IC95% : 3,46-33,68] lorsqu’il n’y avait pas de correspondance.
  • La vaccination ne montrait pas d’efficacité significative en dehors des périodes d’épidémie.
  • De grandes variations de l’efficacité vaccinale étaient observées en fonction des types et des sous-types de virus. L’efficacité la plus élevée était obtenue contre le virus A H1N1pdm09 (53,19% [IC95% : 10,25-75,58]) et la plus basse contre le virus de type B (-1,52%% [IC95% : -39,58-26,16]).
  • L’analyse en sous-groupe ne montrait pas de différence de l’efficacité vaccinale en fonction de l’hémisphère, de l’âge ou de l’état de santé.
  • Cependant, la vaccination indiquait un effet protecteur chez les personnes âgées souffrant de maladies cardiovasculaires, pulmonaires ou âgées de 75 ans ou moins.

Limitations

  • Tous les jeux de données individuelles des études incluses dans la première méta-analyse n’ont pu être recueillis, et 6 nouveaux jeux ont été introduits. Il est donc possible qu’un biais de sélection ait pu contribuer aux différences observées entre les deux méta-analyses.

À retenir

Dans cette méta-analyse réalisée à partir de données individuelles, l’estimation ajustée de l’efficacité de la vaccination antigrippale chez les personnes âgées est apparue comme légère à modérée et plus basse  que celle qui avait été estimée à partir des données agrégées des mêmes études (20-44% vs 36-52%).

Ces résultats soulignent l’importance de la prise en compte de facteurs de confusion au niveau individuels dans l’évaluation de l’efficacité vaccinale, y compris dans les études partant d’une hypothèse nulle. Par ailleurs, la vaccination antigrippale a montré un effet protecteur chez les personnes souffrant de pathologies cardiovasculaires ou pulmonaires et chez les personnes âgées de 75 ans ou moins (aucun résultat ne le montre avant la conclusion).

De nouvelles études doivent maintenant être envisagées afin d’explorer les facteurs susceptibles d’influencer le niveau de protection des personnes âgées : type de vaccin, spécificité vis à vis d’une souche donnée, effet des vaccinations annuelles répétées, etc.