Quelle ampleur la maladie hépatique stéatosique non alcoolique aura-t-elle en France d’ici 2030 ?

  • Estes C & al.
  • J Hepatol
  • 1 oct. 2018

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.

À retenir

  • Selon une modélisation récente, parue dans Journal of Hepatology, une augmentation importante du nombre de cas de NASH et de fibrose avancée est attendue d'ici 2030 dans les 8 pays investigués (France, Allemagne, Royaume-Uni, Espagne, Italie, Chine, Japon, États-Unis), assortie d’une augmentation de la mortalité associée.

  • Si la Chine et les États-Unis rassemblent le nombre le plus élevé de cas, la France est l’un des pays dans lequel l’augmentation de l'incidence de la maladie et de ses complications sera la plus importante entre 2016 et 2030, malgré les incertitudes liées à l’évaluation mathématique et au regard de l’âge et des autres comorbidités dans la population concernée, vieillissante.

  • Ces résultats ont été obtenus à partir d’une méthode d’évaluation originale basée sur la prévalence de l'obésité et du diabète de type 2 dans les populations étudiées et sur la base de la prévalence attendue de la NAFLD et de la NASH dans ce contexte clinique.

Pourquoi cette étude a-t-elle été menée ?

On sait que la prévalence des stéatoses et de la stéatohépatite non alcoolique progresse dans les pays occidentaux, mais elle reste délicate à évaluer exactement, étant donné la disparité des résultats selon la méthode diagnostique et le profil des populations étudiées. Cette étude offre une modélisation plus fidèle de la morbidité liée à la stéatose non alcoolique et de la stéatohépatite non alcoolique.

Méthodologie

Les chiffres de prévalence et d’incidence de chaque pays ont été principalement estimés à partir des données de la littérature. Les projections du nombre de nouveaux cas de maladie hépatique stéatosique non alcoolique ont été calculées en prenant en compte les données épidémiologiques de prévalence et d’incidence actuelles, la prévalence du diabète de type 2 et de l’obésité dans la population étudiée ainsi que la progression estimée de la maladie.

Principaux résultats

  • En 2016, la prévalence de la maladie hépatique stéatosique non alcoolique (NAFLD) est comprise entre 17,9% au Japon et 26,3% aux États-Unis, avec un nombre absolu maximal en Chine (243,6 millions de cas). En 2030, ce chiffre devrait augmenter pour être compris entre 18,8% au Japon et 29,5% en Italie. Parmi les pays européens, la plus forte croissance observée concerne le Royaume-Uni (+20,2%), tandis que la France présente la plus faible prévalence estimée pour 2030 (23,6%).

  • Entre 2016 et 2030, la croissance de la stéatose hépatique isolée (stade NAFL) devrait être comprise entre +7,2% en Allemagne et +26,2% en Chine. Le chiffre devrait même décroître au Japon (-2,6%).

  • Concernant la stéatohépatite non alcoolique (NASH), le nombre de cas estimé en 2016 est compris entre 1,8 (Espagne) et 3,33 millions de cas (Allemagne), avec une croissance attendue comprise entre 43% et 49% d’ici 2030.

  • Pour la France, la prévalence actuelle de maladie hépatique stéatosique non alcoolique, de stéatose hépatique et de stéatohépatite est de 21,6%, 18,1% et 3,6%. En 2030, ces chiffres devraient être de 23,6%, 18,6% et 5,0% respectivement. Parallèlement, la mortalité liée à la stéatohépatite non alcoolique devrait augmenter de 5.460 à 9.890 entre 2016 et 2030.

  • Les cas de cirrhose compensée et de maladie terminale devraient croître dans tous les pays investigués. L’augmentation la plus forte devrait toucher la France, avec +156% des cas entre 2016 et 2030 (de 104.290 à 267.440) ; les auteurs attendent ainsi une augmentation de +187% et de +164% du nombre de cas prévalents et incidents de cirrhose décompensée durant cette période (soit respectivement de 11.560 à 33.180 cas et de 3.500 à 9.250 cas). Le nombre de cas français de carcinome hépatocellulaire devrait aussi être le plus élevé parmi les pays européens évalués (+117%, de 560 à 1.200 cas incidents), de même que le nombre de décès d’origine hépatique (+182%, de 2.490 à 7.030 cas).

Principales limitations

Modélisation mathématique.

Financement

L’étude a reçu des fonds de Intercept Pharmaceuticals, Gilead Sciences et Boehringer Ingelheim.