Quel taux d'immunisation acquise dans le premier cluster COVID-19 de l’Oise?


  • Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.

Messages principaux

  • Selon l’étude rétrospective menée parmi 661 personnes (lycéens, personnels et familles) ayant fréquenté le lycée de l’Oise dans lequel travaillait l’un des premiers cas de COVID-19 diagnostiqués en France, le taux d'attaque de l’infection (nombre de personnes infectées parmi les participants à l'étude) était de 25,9%, le taux d’attaque mesuré chez les parents et fratries des élèves étant compris entre 10 et 12%.

  • Parmi les symptômes potentiellement évocateurs d’infection, ceux ayant la plus forte valeur prédictive positive étaient l’anosmie et l’agueusie. 

  • Même après ajustement, les sujets fumeurs avaient été moins infectés que les autres.

L’un des premiers cas de COVID-19 diagnostiqués en France l’a été chez un professeur de lycée de l’Oise le 24 janvier 2020. Ce cas a été à l’origine d’un cluster, dont une analyse rétrospective sérologique vient d’être menée par l’Institut Pasteur, à partir de la recherche sérologique des anticorps anti-SARS-CoV-2 conduite par 3 méthodes différentes. Cette étude est disponible sur le site MedRvix (prépublication, interprétation sujette à caution).

L’enquête a pu être initiée auprès de 878 des 1.262 élèves, professeurs et personnels de l’établissement pour lesquels une adresse e-mail était disponible. Ils ont été contactés et 37% d’entre eux ont accepté de participer entre le 30 mars et le 4 avril 2020 (questionnaire+prise de sang), ainsi que 345 parents et frères ou sœurs, soit un total de 661 participants (dont 36,3% d’élèves, 31,9% de membres familiaux, âge médian 37 ans, 38% d’hommes).

Au total, plus des deux tiers des participants ont rapporté avoir eu des symptômes évocateurs entre le 13 janvier et la semaine précédant la prise de sang, soit 48,7% qui disaient avoir présenté des symptômes majeurs (fièvre, toux sèche, anosmie, agueusie), 19,8% des symptômes mineurs (mal de gorge, douleurs musculaires, diarrhée, maux de tête, asthénie) et 31,6% s’étaient déclarés asymptomatiques. Dix personnes avaient été hospitalisées avec des symptômes évocateurs et aucun décès n’était recensé parmi ces personnes.

Deux élèves sur 5 infectés

Les analyses sérologiques ont montré que 171 des 661 personnes présentaient des anticorps anti-SARS-CoV-2, soit un taux d’attaque de 25,9%, parmi des sujets globalement plus âgés que les autres (moyenne d’âge 49,0 ans vs 17,7 ans). Le taux d’attaque était de 40% parmi les 15-17 ans, et était de 38,3%, 43,4% et 59,3% parmi les lycéens, les professeurs et le personnel non enseignant de l’établissement. Chez les parents et fratrie, ce taux était de 11,4% et de 10,2%.

Le taux de positivité était de 70,8%, 12,3% et 17,0% des personnes ayant déclaré des symptômes majeurs, mineurs ou aucun symptôme. Neuf des 10 personnes hospitalisées avaient un test positif. Les fumeurs étaient 7,2% à avoir un test positif contre 28,0% des non fumeurs, un constat confirmé après ajustement sur l’âge et la fonction. L’agueusie et l’anosmie étaient associées à des valeurs prédictives positives élevées (84,7% et 88,1%). Enfin, une analyse menée dans les deux centres locaux de collecte de sang entre le 23 et le 27 mars a montré que seuls 3% des donneurs avaient présenté des anticorps anti-SARS-CoV-2.

Ce travail présente quelques limites : il n’est pas possible de dire si le taux d’attaque a été surestimé ou sous-estimé, étant donné que ceux qui avaient déjà réalisé un test positif par ailleurs, ou ceux qui n’avaient pas présenté de symptômes ont pu être moins motivés à participer que les autres. Pour autant, cette large étude rétrospective offre des informations intéressantes, notamment concernant le taux d’attaque secondaire dans les familles d’élèves, dans la perspective de la réouverture des établissements scolaires.

Exceptionnellement durant cette période de crise sanitaire, certaines publications mentionnées sont au moment de la rédaction de cet article encore en prépublication, en cours de relecture par les pairs. Nous attirons votre attention pour apporter la plus grande prudence quant aux résultats apportés.