Quel est l’avis des patients de soins palliatifs sur l’euthanasie ?

  • de Nonneville A & al.
  • BMC Palliat Care
  • 29 août 2018

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • Un patient sur deux recevant des soins palliatifs pour un cancer avancé ou métastatique est favorable à l’euthanasie, selon les entretiens menés auprès de 78 sujets, et plusieurs déterminants semblent associés avec cette opinion : ainsi, les sujets jeunes et ceux qui ne croient pas en Dieu y sont les plus favorables, ainsi que ceux ayant été traités par chimiothérapie. En revanche, le sexe, la situation familiale, l’intensité de la douleur au moment de l’entretien ou encore le niveau d’éducation n’ont pas été identifiés comme étant des facteurs déterminants.

  • Certains de ces résultats sont contradictoires avec les opinions rapportées par de précédentes publications. Ils peuvent s’expliquer par les modalités de conduite de l’étude ou la formulation des questions. Dans tous les cas, ce travail montre qu’il est possible de mener ce type d’études chez des personnes vulnérables, ce qui peut aider les équipes médicales à accompagner le patient, ainsi que les pouvoirs publics à évoluer sur ces questions de société.

  • Sur cette base, les chercheurs de la présente publication ont d’ores et déjà initié la conduite d’une étude prospective nationale devant inclure un millier de patients qui seront interrogés sur le contenu de la loi Claeys-Léonetti.

Pourquoi cette étude a-t-elle été menée ?

Selon différentes données, une très large majorité de français sont favorables à l’euthanasie, contre moins de 50% des médecins. Après avoir déterminé que 48% des sujets en soins palliatifs sont favorables à sa légalisation, une équipe de chercheurs a souhaité déterminer quels étaient les déterminants influençant cette opinion.

Méthodologie

  • L’étude transversale a été menée au sein de deux unités de soins palliatifs françaises : hôpital universitaire La Timone (Marseille) et La Maison de Gardanne (établissement associatif, loi 1901).

  • Les patients interrogés ont été sélectionnés par les médecins : sujets de 18 ans ou plus, souffrant d’un cancer localement avancé ou métastatique, traités en soins palliatifs, sans somnolence, anxiété et/ou trouble de l'humeur, non placés sous sédation et capables de communiquer et de comprendre le but et les modalités de l’étude.

  • Différentes données ont été recueillies : données sociodémographiques, traitement par chimiothérapie (oui/non), douleur au cours de l'entretien (catégorisée selon le score de l’EVA entre 0 à 10), croyance en Dieu (oui/non), bonne qualité de l'information globale reçue sur les traitements (oui/non), soutien de la famille et des amis (oui/non), directives anticipées rédigées (oui/non), opinion personnelle sur la légalisation de l'euthanasie (favorable ou non).

Principaux résultats

  • Un groupe de 78 patients a été recruté (âge médian 60,5 ans, 56% de femmes) : 40% d’entre eux étaient en couple et 54% déclaraient croire en Dieu.

  • Ils étaient 39 (50%) à avoir une opinion favorable sur l'euthanasie.

  • Selon l’analyse univariée, ceux qui y étaient favorables étaient souvent moins âgés que les autres, plus souvent en couple, croyaient plus souvent en Dieu et avaient plus fréquemment été traités par chimiothérapie.

  • Selon l’analyse multivariée, trois paramètres apparaissaient déterminants pour l’opinion vis-à-vis de l’euthanasie : l’âge vs plus de 60 ans) et le fait de ne pas croire en Dieu (0,143 vs croyance [0,044-0,469]) étaient associés à une opinion favorable concernant l’euthanasie (respectivement, p=0,014 et p = 0,001). Ne pas avoir d’antécédent de chimiothérapie était à l’inverse, associé à une opinion défavorable (OR : 10,418 [2,093–51,853] vs antécédents de chimiothérapie, p = 0,004).

Principales limitations

L’effectif était limité, et le questionnaire était simplifié pour être adapté à la vulnérabilité des patients en fin de vie.