Quel bilan pour les grossesses des femmes atteintes de sclérose en plaques ?

  • Tillaut H & al.
  • Mult Scler

  • Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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Messages principaux

  • Une étude nationale rétrospective vient d’établir que le taux d'incidence de la grossesse entre 2010 et 2015 est de 4,5/100 personnes-années chez les femmes françaises atteintes de SEP, soit un chiffre comparable à ceux rapportés ailleurs dans le monde. Elle montre également que le nombre de cas de grossesse ayant été exposés à un traitement de fond a augmenté sur la période. Pour les expositions en cours de grossesse, la probabilité d’interruption est plus élevée, reflétant sans doute des grossesses non désirées ou la crainte d'une complication liée au médicament.

 

Il est établi que la grossesse n’aggrave pas l’évolution de la sclérose en plaques, hormis un risque de rebond en période post-partum, ni n’engendre de risque pour l’enfant en période périnatale. Les recommandations suggèrent de poursuivre les traitements de fond de la maladie chez les femmes enceintes lorsque la situation clinique le justifie. Cependant, la littérature suggère que certaines molécules peuvent être à risque en période prénatale. Aussi des chercheurs français ont conduit une analyse dédiée à partir des données du SDSN (Système National des Données de Santé).

Méthodologie

Les auteurs ont identifié tous les cas de SEP déclarés dans le SDSN entre janvier 2010 et décembre 2015 chez les femmes de 15 à 49 ans. L’exposition à l’un des médicaments de la SEP durant la grossesse était considérée comme effective lorsqu'un remboursement était survenu pendant la grossesse ou dans les 14 jours précédents. Les chercheurs ont ainsi pu comparer le pronostic des grossesses de celles qui avaient été soumises à l’exposition d’au moins un traitement de fond, celles sans exposition à un traitement de fond ayant eu une exposition avant la conception, et celles qui n’avaient reçu de traitement de fond ni durant la grossesse, ni au cours de l’année précédant la conception.

Principaux résultats

Au total, 46.294 femmes atteintes de SEP et en âge de procréer ont été identifiées (âge moyen 38,5 ans), parmi lesquelles 6.467 ont eu au moins une grossesse durant le suivi (soit 8.133 grossesses). Au total, 31,6% de ces grossesses étaient considérées comme exposées à un traitement de fond, 20,9% l’avaient été avant la conception, tandis que 47,6% n’avaient été exposées ni durant la grossesse ni l'année précédente. La probabilité d'avoir une grossesse exposée au DMT est passée de 0,22 en 2010 à 0,30 en 2015.

Parmi les grossesses exposées, un seul traitement de fond avait été prescrit dans 98,8% (56% béta-IFN, 24% acétate de glatiramère, 12% natalizumab), et principalement au cours du premier trimestre uniquement (87,7%).

Dans l'ensemble, 75% des grossesses ont abouti à une naissance vivante (dont 8,4% prématurées) et 22% à un avortement (électif, thérapeutique ou spontané). La probabilité de naissance vivante était de 0,72 [0,70-0,74] pour les grossesses exposées à 0,77 [0,76- 0,79] pour celles non exposées et 0,81 [0,79-0,83] pour celles également non exposées l’année précédente. Aussi, la probabilité d’avortement volontaire était plus élevée lorsque les grossesses survenaient lorsque la femme était sous traitement (0,21 [0,19-0,23]) que lorsque le DMT avait été arrêté avant la conception (0,09 [0,08-0,11].

Enfin, la probabilité de naissance vivante était significativement plus élevée pour celles exposées à l'interféron bêta ou à l'acétate de glatiramère (0,78 [0,76-0,81] et 0,80 [0,77-0,83] respectivement] que celles exposées au natalizumab (0,60 [0,54-0,65]) ou aux autres DMT (0,34 [0,27-0,42]).