Que sait-on du rôle du microbiote du nouveau-né sur le risque de maladie à long terme?

  • Caroline Guignot
  • Résumé d’article
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À retenir

Depuis les années 1980, les travaux relatifs aux origines développementales de la santé (DOHaD en anglais) se multiplient afin de mieux comprendre l’impact de l’environnement au cours des périodes cruciales de développement sur l’immunité et la santé à long terme. Dans un premier temps, l’exposition aux microorganismes et aux infections durant la petite enfance a été considérée comme pouvant intervenir via l’hypothèse hygiéniste. Aujourd’hui, la connaissance et la compréhension croissantes du rôle du microbiote permettent de penser qu’il constitue un élément à part entière dans l’origine développementale de la santé. La revue Pediatrics dresse un bilan des connaissances actuelles sur le sujet.

Comment le microbiote se constitue-t-il ?

  • Jusque récemment, on pensait que l’environnement intra-utérin était stérile. Depuis, la présence de bactéries non pathogènes a été identifiée dans le liquide amniotique et le placenta, suggérant un échange entre la mère et le fœtus. L’influence de la composition du microbiote placentaire sur la survenue de certaines paramètres néonataux ou maternels (poids de naissance, diabète gestationnel…) ou sur l’évolution de l’enfant (prise de poids après naissance prématurée) a été décrite. Ces données sont préliminaires et restent cependant encore à confirmer.
  • La variation du contenu lipidique de l’alimentation des femmes enceintes pourrait favoriser celle de la composition du microbiote intestinal de l’enfant à la naissance. Les sujets nés par césarienne et ceux nés par voie basse présentent des microbiote de composition différente au niveau oral, de la peau, du méconium... dans les 24 premières heures. Enfin, le microbiote présent sur l’aréole et dans le lait maternel permet également aux enfants de développer une flore différente de celle des sujets nourris avec un lait infantile (forts taux de Bifidobacteria et Lactobacillus versus clostridiales et protéobactéries). Toutes ces différences persisteraient sur les premiers mois ou premières années de vie, et différentes études ont pu associer leur influence sur certains paramètres (risque d’asthme, prise de poids des enfants prématurés...).
  • Enfin, l’exposition pré- ou post-natale aux antibiotiques pourrait  jouer un rôle déterminant sur la composition et la diversité du microbiote intestinal, selon différentes études épidémiologiques. Ces conclusions préliminaires doivent être confirmées.

Principales pathologies soutenant le rôle du microbiote dans le DOHaD

  • Plusieurs études soutiennent l’idée que la vulnérabilité du microbiote varie dans le temps et est plus importante au cours d’une fenêtre critique s’étalant de la conception de la fin de la première année de vie.
  • La dysbiose du microbiote intestinal, plus fréquente chez les nouveaux-nés prématurés, est associée à un risque supérieur d’entérocolite nécrosante, a fortiori en cas de traitement antibiotique ou si elle est doublée d’une colonisation par des germes invasifs (E. coli).
  • Selon les travaux les plus récents, la dysbiose entre la naissance et le troisième mois de vie dans le microbiote intestinal ou des voies respiratoires serait associée au développement d’asthme et d’atopie chez l’enfant. Ces associations ont été confirmées par une première étude ayant démontré une relation de causalité chez la souris. De même, le risque de sensibilisation et d’allergie alimentaire serait associé à une modification du microbiote entre la naissance et les 12 mois de l’enfant, avec notamment une augmentation du risque à 1 an en cas de rapport anormalement haut entre entérobactéries/bactéroidaceae du troisième au sixième mois de vie.
  • Concernant l’obésité, l’abondance des Streptococcus dans le microbiote des enfants à 6 mois augmenterait l’adiposité à 18 mois. Chez la souris, l’administration d’antibiotiques dans les premiers jours de vie accroît l’adiposité, le taux des hormones métaboliques ou l’influence d’une alimentation riche en graisses sur le microbiote.
  • En ce qui concerne les troubles neurodéveloppementaux, différents modèles animaux permettent de penser que le stress maternel modifie l’environnement microbien intra-utérin qui peut se traduire en une modification du microbiote et la génération d’un stress chez sa progéniture. Le rôle du microbiote intestinal de l’enfant sur le développement cognitif de l’enfant est aussi soutenu par une étude récente ayant corrélé la composition du microbiote à 1 an et les capacités cognitives à 2 ans.
  • D’autres études ont été conduites dans différents autres domaines comme le risque de maladies inflammatoires intestinales, de diabète de type 2… La compréhension de la place du microbiote dans le DOHaD ne fait que commencer.