Que retenir concernant le cytomégalovirus chez la femme enceinte ?

  • Nathalie BARRÈS
  • Résumé d’article
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À retenir

  • Une revue de la littérature montre que l’éducation des femmes enceintes en début de grossesse reste la prévention primaire la plus efficace contre l’infection congénitale à cytomégalovirus (CMV).
  • Cette sensibilisation aux mesures d’hygiène préventive ne peut passer que par des professionnels de santé formés. Un point qu’il convient d’améliorer.
  • Les femmes enceintes devraient être informées de la possibilité de dépister une primo-infection à CMV en début de grossesse. Cette information dépend de leurs facteurs de risque, de l’épidémiologie locale du CMV et du système local de santé.

Pourquoi est-ce important ?

Avec environ 1% des naissances concernées, l’infection congénitale à cytomégalovirus est la plus fréquente des infections de la femme enceinte à travers le monde. Une revue de la littérature fait le point sur les stratégies de prévention primaire, secondaire et tertiaire déjà disponibles et qui permettraient d’atténuer les conséquences immédiates et à long terme de cette infection congénitale. 

Le cytomégalovirus (CMV) est un herpès virus à ADN de la famille des Human Herpes virus 5. La séroprévalence tend à être plus élevée dans les groupes socio-économiquement défavorisés, les minorités raciales et ethniques, les femmes ayant une parité élevée et lorsque l’âge maternel est avancé. En France, l’infection à CMV concerne 2,3% des femmes enceintes. Lorsqu’ils sont présents, les principaux symptômes sont semblables à ceux de la grippe ou de la mononucléose (fièvre légère, rhinite, pharyngite, maux de tête, fatigue et troubles hépatiques). Le CMV congénital est la principale cause de déficiences neurosensorielles non génétiques chez les enfants, contribuant à 10% de tous les cas d’infirmités motrices cérébrales chez les enfants. Globalement 85% à 90% des nouveau-nés infectés sont asymptomatiques. Mais 5% à 15% d’entre eux développeront des troubles neurodéveloppementaux tardifs ou une perte auditive. Aux États-Unis, 8.600 enfants par an naîtraient infectés par le CMV avec de potentielles complications à long terme contre 1.000 pour la toxoplasmose et 4.000 pour la trisomie 21.

Principaux résultats

La stratégie préventive principale passe par l'amélioration des connaissances des professionnels de santé pour mieux éduquer les femmes enceintes. Il est essentiel d’augmenter l’information et la prise de conscience des femmes en âge de procréer concernant le CMV et les risques de complications. Trois études menées en France, Suisse et Italie ont montré que la connaissance du CMV par les femmes enceintes reste insuffisante et inférieure à celle qu’elles peuvent avoir concernant d’autres infections congénitales. Pour cela il faut accompagner la formation des professionnels de santé sur le sujet.

Les points suivants sont importants à connaître :

  • L’infection se fait essentiellement par les rapports sexuels et les contacts étroits avec les jeunes enfants. La transmission se fait par le sperme, les sécrétions cervicales ou vaginales, la salive, l’urine, les produits sanguins. Le risque de primo-infection est plus important pour les femmes qui attendent un deuxième enfant ou séronégatives à leur première grossesse (20 fois plus de risque).
  • Le taux de transmission materno-fœtale après réinfection est souvent décrit comme faible ; par exemple, plus de 70% de la population brésilienne serait positive, alors que la prévalence de l’infection congénitale à CMV ne serait que de 1,1%.
  • Les mesures d’hygiène restent la stratégie de prévention la plus efficace, réduisant par 4 ou 5 le risque de primo-infection durant la grossesse : se laver les mains après avoir changé la couche sale d’un bébé, ne pas partager le même verre, la même cuillère et fourchette avec un enfant de moins de 5 ans, ne pas embrasser sur les lèvres et éviter les contacts avec les sécrétions nasales ou les larmes.
  • Le diagnostic clinique de l’infection maternelle à CMV n’est pas fiable car les sujets sont symptomatiques dans seulement 8 à 10% des cas. Des tests Elisa sont disponibles pour rechercher les IgG et les IgM anti-CMV. La spécificité de la prédiction d’une primo-infection récente est faible (15-40%) ce qui peut facilement conduire à une mauvaise interprétation des résultats. La sérologie permet de préciser le statut sérologique de la mère ou de renforcer la suspicion d’une infection récente (<3 mois). Il reste cependant difficile d’établir un diagnostic d’infection secondaire. Les améliorations techniques récentes ont augmenté la qualité des tests sérologiques, ce qui est un argument conséquent pour un dépistage universel précoce chez les femmes enceintes ou qui prévoient une grossesse.
  • L’estimation du pronostic du fœtus infecté et la proposition d’un traitement prénatal par valaciclovir pourraient augmenter les chances du fœtus d’être asymptomatique à la naissance en cas d’infection légère à modérée.
  • L’efficacité et la sécurité des traitements actuellement disponibles (valaciclovir) ou à venir (letermovir) ainsi que de différents types de vaccins qui sont en développement doivent continuer à être investiguées.