Que faut-il retenir de la diversification alimentaire en 2019 ?


  • Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir 

La diversification alimentaire a fait l’objet de nombreuses controverses au cours des deux dernières décennies. Celle-ci joue un rôle important dans la prévention primaire et secondaire des allergies alimentaires. Les auteurs d’un article publié dans la Revue française d’allergologie rappellent que la diversification ne constitue que l’un des aspects de cette prévention et qu'elle devrait faire l'objet d'une attention chez tous les enfants, et pas seulement à ceux ayant des antécédents familiaux d’allergie (asthme, rhinite allergique, eczéma atopique ou allergie alimentaire).

Qu’a-t-on préconisé au cours des 20 dernières années en termes de prévention des allergies alimentaires ?

Dans les années 2000, avant l’evidence based medicine, les recommandations préconisaient l’introduction des aliments les plus allergisants le plus tard possible (2 ans pour l’œuf, 3 pour le poisson). Ces recommandation reposaient sur quelques études et surtout de fortes convictions. Puis, des études ont fait émerger l’hypothèse qu’il était plus intéressant de prévenir l’allergie en favorisant l’acquisition d’une tolérance à un allergène plutôt qu’en évitant ou retardant son introduction. Est entrée en jeu la notion de « fenêtre de tolérance » suggérant qu’il existait, entre 4 et 6 mois, un moment optimal d’introduction des aliments (en dehors du lait de vache). On parle bien de « fenêtre », c’est-à-dire qu’une introduction trop tardive est également délétère pour l’acquisition de la tolérance pour l’allergène et peut favoriser le développement d’allergies. Des données de la littérature suggèrent que certains autres facteurs seraient à risque, notamment le faible apport en vitamine D, l’exposition aux allergènes alimentaires par voie cutanée ou inhalée, la modification du microbiote. 

Œuf, blé, lait de vache, de quelles données dispose-t-on ?

Des études montrent que dans la population générale, avant l’âge de 6 mois, un enfant sur 200 est déjà allergique à l’œuf sans en avoir encore manger, et développera une réaction allergique à son introduction ! Les mêmes proportions sont retrouvées pour l’arachide. Elles seraient respectivement de 30% et 10% dans la population d’enfants présentant un eczéma modéré à sévère. L’introduction précoce de l’œuf et de l’arachide permettrait de diminuer le risque d’allergie IgE médiée à cet aliment respectivement chez 3% et 2% des enfants de la population générale et chez 19% et 11% des enfants ayant un eczéma modéré à sévère. Mais n'a pas d'impact sur les autres allergies.

Que disent les recommandations ?

Les recommandations européennes et anglaises préconisent une diversification entre 4 et 6 mois, sans limite, avec des modalités variables d’introduction de l’arachide et de l’œuf chez les populations à risque. Alors que les recommandations européennes, américaines, asiatiques conseillent un bilan cutané et/ou plasmatique avant l’introduction de ces deux aliments chez les populations à haut risque d’allergie, les recommandations anglaises ne préconisent aucun bilan spécifique. Les auteurs de cet article s’étonnent qu’aucune recommandation (en dehors d’un guide australien) ne préconise une diversification large avec plusieurs types d’aliments malgré des données de suivi de cohortes intéressantes.

En France, la diversification précoce entre 4 et 6 mois, avec introduction des aliments dits à risque est souhaitable. Ceci doit cependant se faire dans le respect des habitudes alimentaires familiales et après enquête chez les enfants à risque d’allergie alimentaire.