Quand le risque de mortalité se mesure au thermomètre


  • Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

Il existe des variations significatives de la température corporelle selon les individus, indépendamment des erreurs de mesure et des facteurs environnementaux. Si les paramètres démographiques, physiologiques ou les comorbidités peuvent rendre compte d’une petite partie de ces variations, une plus large part de cette variabilité reste inexpliquée et apparaît comme un facteur prédictif fort de la mortalité.

Pourquoi est-ce important ?

La température corporelle est un indicateur courant qui entre dans le diagnostic de nombreuses pathologies. Elle est mesurée par rapport à une valeur standard déterminée pour l’espèce humaine. Pourtant ce paramètre varie selon l’état physiologique de chacun (âge, moment du cycle circadien ou ovarien, métabolisme, etc.) et chaque individu peut présenter des valeurs de base s’écartant significativement de la valeur standard. Très peu de données longitudinales existent quant à l’impact de cette variabilité interindividuelle en termes de santé. Il semble que les « big data » soient capables de faire émerger de nouvelles connaissances dans ce domaine.

Principaux résultats                        

  • 35.488 sujets n’ayant eu aucun diagnostic d’infection ni administration d’antibiotiques suite à leur visite à l’hôpital ont été inclus dans l’analyse (âge moyen 52,9 ans), et 243.506 prises de température ont été réalisées.
  • La température de base des participants établie sur une durée moyenne de 2 ans était de 36,6°C et la mortalité de la population étudiée à un an s’est avérée beaucoup plus élevée que celle de la population générale du même âge (6,2% vs  
  • La température de base diminuait avec l’âge de -0,021°C par décade (p
  • La température variait aussi fortement en fonction des comorbidités : plus basse en cas d’hypothyroïdisme (-0,013°C, p=0,01), plus élevée en cas de cancer (+ 0,020, p
  • Après ajustement sur les variables démographiques et les comorbidités, des températures plus hautes étaient associées à des IMC plus importants (0,002 par m/kg2, p
  • Les variations de la température inexpliquées par les différents paramètres pris en compte (cf. méthodologie ci-dessous) constituaient un facteur prédictif significatif de mortalité : après ajustement, une augmentation de la température de 0,149°C était associée à un accroissement du risque de mortalité à un an de 8,4% (p=0,014).

Méthode            

  • Cette étude de cohorte observationnelle s’est intéressée à la température corporelle de patients ambulatoires adultes d’un hôpital universitaire américain entre 2009 et 2014.
  • En plus de la mesure de température, les facteurs susceptibles d’affecter la température corporelle étaient pris en compte (température ambiante, humidité, site de prise, date et heure, etc.), afin d’établir la température de base de chaque participant.
  • Les corrélations entre cette température de base et les autres paramètres individuels (démographiques, physiologiques, signes vitaux, mortalité) étaient ensuite recherchées.

Limitations

La mesure des températures a été pratiquée dans un seul centre hospitalier, avec un seul type de thermomètre, et dans une même zone climatique. Or les mécanismes de régulation de la température peuvent varier selon le climat.

L’échantillon de population était issu de patients ambulatoires, donc plus sujets à des comorbidités et présentant un risque de mortalité plus élevé que la population générale.