Quand l'hospitalisation pour maladie auto-immune semble prédictive de démence …


  • Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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Selon certaines hypothèses, les mécanismes inflammatoires et auto-immuns pourraient constituer une composante du développement de la maladie d'Alzheimer. Ceci semble corroboré par des données de cohorte relatives à plusieurs pathologies auto-immunes. Une étude a rapporté récemment l'association existant entre une hospitalisation pour diabète de type 1 et le risque d'admission ultérieure pour démence. Dans le même ordre d'idée, des chercheurs britanniques se sont interrogés sur l'éventuelle association pouvant exister entre l'admission pour une maladie auto-immune et le risque ultérieur d'admission pour démence.

Méthodologie

  • Une analyse statistique issue des bases de données nationales britanniques de santé a permis de relier les épisodes successifs de soins suivis par chaque personne et de les associer le cas échéant à la base de données des décès. L'étude a été conduite entre avril 1998 et mars 2012.

  • Les données cliniques, démographiques et administratives ont été analysées pour chaque admission hospitalière au sein du National Health Service britannique.

  • La cohorte de patients hospitalisés pour une maladie auto-immune (25 pathologies différentes comme la polyarthrite rhumatoïde, la maladie de Crohn, la thyroïdite de Hashimoto ou le pemphigus) a été bâtie à partir de la base des hospitalisations. Une maladie auto-immune devait figurer parmi les diagnostics principaux ou secondaires à l'admission. Une cohorte contrôle a parallèlement été bâtie à partir de sujets hospitalisés pour d'autres motifs (liste de pathologies déterminées excluant les diagnostics principaux graves).

  • Dans chacune des deux cohortes les hospitalisations ultérieures pour démence ou, plus spécifiquement pour maladie d'Alzheimer, ont été recherchées et analysées. Les patients qui avaient été hospitalisés précédemment pour maladie auto-immune avant l'hospitalisation initiale étaient exclus de l'analyse.

  • Les deux cohortes ont été comparées après standardisation selon l'âge, le sexe, l'année de première admission, la région de résidence et le niveau socio-économique.

Résultats

  • Au total, 1.833.827 personnes ont été hospitalisés avec une maladie auto-immune durant la période d'analyse et ont été comparés à environ 7 millions de personnes constituant le groupe contrôle. 81.502 admissions ultérieures pour démence ont été recensées chez les sujets du groupe “auto-immun”.

  • Globalement, le risque d'admission ultérieure pour démence était supérieur de 20% dans la cohorte “auto-immune” par rapport à la cohorte contrôle (RR : 1,20 [IC95%:1,19-1,21]). Cette association s'est avérée statistiquement significative pour 18 des 25 pathologies telles que la maladie d'Addison, le psoriasis, le lupus érythémateux disséminé ou la polyartérite noueuse. Et l’association était conservée, que les cas d'hospitalisation ultérieure pour démence aient eu lieu, ou non, dans l'année suivant l'admission initiale.

  • En focalisant l’analyse sur les admissions ultérieures pour démences dont la nature était connue (soit 20.032 maladies d'Alzheimer et 22.536 démences vasculaires), le risque relatif d'admission ultérieure pour ces deux pathologies était respectivement de 1,06 et de 1,28 pour le groupe “auto-immun” par rapport au groupe contrôle. Concernant les sujets initialement hospitalisés pour polyarthrite rhumatoïde, le RR était significativement inférieur par rapport aux autres [IC95 % : 0,86-0,93].

  • Le risque d'admission ultérieure pour démence était globalement légèrement supérieur chez les hommes que chez les femmes (RR:1,32 contre 1,16). Cette association était surtout significative parmi les sujets atteints de sclérose en plaques (RR : 2,52 pour les hommes vs 1,79 pour les femmes), tandis qu'elle était globalement la même entre les deux sexes pour les autres maladies auto-immunes prises isolément.

  • Les associations mises en évidence étaient particulièrement fortes lorsque l'hospitalisation ultérieure avait eu lieu dans les 5 années suivant la première admission, mais elles restaient significatives au-delà.

Limitations

  • Des facteurs potentiels de confusion ont pu échapper à l'analyse.

  • Seules les personnes hospitalisées ont pu être prises en compte dans cette étude d'association du risque.

  • La date d'hospitalisation a été prise en considération mais pas la date de diagnostic.

Financement

L’étude a été financée par le National Institute for Health Research britannique.

À retenir

L'hospitalisation pour pathologie auto-immune semble associée à un sur-risque d'admission ultérieure pour démence. Cette association apparaissait plus prononcée pour le risque de démence vasculaire. Ces résultats soulèvent peut-être l’existence d’une association entre maladies auto-immunes et facteurs de risque cardiovasculaire ou cérébrovasculaire. D'ailleurs, les auteurs rapportent avoir recensé un risque supérieur d'AVC ischémique et de maladie coronarienne au sein de la cohorte “auto-immune”. À l'inverse, la polyarthrite rhumatoïde semblait protéger du risque d'hospitalisation ultérieure pour toutes démences confondues, mais augmenter celui d’hospitalisation ultérieure pour démence vasculaire. Ce constat repose peut être sur l'utilisation fréquente des AINS dans cette population, dont le possible rôle préventif sur la maladie d'Alzheimer a été décrit par ailleurs.