Quand l’assiette perturbe la santé mentale…

  • Firth J & al.
  • BMJ
  • 29 juin 2020

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir

Bien que les liens de causalité entre alimentation et santé mentale ne soient pas clairement établis, des chercheurs travaillant sur les relations et les mécanismes biologiques en jeu entre les habitudes de vie et la santé physique et mentale viennent de publier un article dans British Medical Journal pour évoquer ces aspects.

Quid des relations entre alimentation et troubles de la santé mentale ?

Depuis quelques années, les relations entre l’alimentation et la santé mentale suscitent beaucoup d’intérêt. Des études longitudinales ont montré une association entre un indice glycémique élevé et la survenue de symptômes dépressifs. D’autres données ont montré que l’exposition expérimentale à des régimes alimentaires à forte charge glycémique était associée à l’apparition de troubles dépressifs. L’humeur peut certes elle-même modifier les choix alimentaires, mais des mécanismes semblent cependant exister entre la consommation de sucres raffinés et le risque d’anxiété ou de dépression. Par quel mécanisme ? Peut-être via les hormones de régulation de la glycémie. En effet, des recherches expérimentales sur l’Homme ont montré que les hormones impliquées dans la contre-régulation suite à une perfusion de glucose pouvaient provoquer des changements d’humeur en termes d’anxiété et d’irritabilité. Des études observationnelles ont également mis en évidence que les hypoglycémies récurrentes étaient associées à des troubles de l’humeur. Enfin, la résistance à l’insuline est une composante fréquemment retrouvée chez les sujets ayant des troubles mentaux. 

L’inflammation et l’immunité pourraient également intervenir 

En effet, d’autres travaux évoquent la possibilité d’un lien entre la réponse inflammatoire favorisée par une alimentation à indice glycémique élevé et les symptômes dépressifs via l’atteinte du système immunitaire. Plusieurs études ont mis en évidence qu’une alimentation riche en graisses saturées stimulait l’activation du système immunitaire alors qu’une alimentation de type méditerranéenne réduisait les marqueurs de l’inflammation. Ces deux constats renforcent l’hypothèse qu’une alimentation occidentale riche en sucres et en graisses saturées pourrait être délétère sur la santé mentale via le déclin cognitif et l’altération de la barrière encéphalique. 

Si les liens de causalité entre l’alimentation pro-inflammatoire et la détérioration de la santé mentale ne sont pas établis, des essais randomisés et contrôlés ont mis en évidence que la prise d’agents anti-inflammatoires (inhibiteurs de cytokines, AINS) pouvaient réduire les symptômes dépressifs. Or, certains composants nutritionnels (polyphénols, graisses polyinsaturés) et plus globalement l’alimentation méditerranéenne ont des effets anti-inflammatoires, laissant supposer que certains aliments pourraient prévenir les symptômes dépressifs via la diminution de l’inflammation. D’ailleurs, les auteurs de cet article relatent que les résultats préliminaires d’une récente étude suggèrent que des traitements stimulant l’inflammation favoriseraient les troubles dépressifs et que la prise d’oméga-3 (substances ayant des propriétés anti-inflammatoires) avant le traitement réduirait le pic de cytokines induisant ces troubles. 

Mais ce n’est pas si simple...

Les choses pourraient effectivement être plus complexes. En attestent d’autres données qui indiquent que des facteurs de stress ressentis la veille de l’expérience ou des antécédents personnels de troubles dépressifs majeurs pourraient annuler les effets bénéfiques d’une alimentation saine. Autre piste encore évoquée, l’axe bidirectionnel cerveau-intestin mettant en évidence le rôle d’interactions entre le cerveau et le microbiote intestinal sur la santé mentale. En effet, il a été constaté des dysbioses intestinales chez les individus ayant un état dépressif majeur. Et le transfert du microbiote d’individus ayant des troubles dépressifs chez des rongeurs semble induire des comportements dépressifs chez ces animaux. Si l’on sait que l’alimentation est l’un des facteurs modifiables en cas de dysfonction du microbiote intestinal, aucune étude n’a encore démontré de relations causales entre le microbiote ou les métabolites du microbiote et l’humeur.

Ne pas oublier ce qui est déjà établi

En l’absence de données robustes de causalité, il convient de rappeler ce qui est déjà établi, à savoir que le diabète et l’obésité qui sont favorisés par une alimentation occidentale ont été associés l’un comme l’autre aux troubles de la santé mentale. Et ne pas négliger le fait que les troubles mentaux ont des origines multiples.