Qu’avons-nous encore à apprendre de la grippe de 1918 ?


  • Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

Responsable de 50 à 100 millions de décès au niveau mondial, le virus de la pandémie grippale de 1918 n’a véritablement jamais disparu mais a évolué. Ainsi, tous les virus de la grippe de type A circulants actuellement descendraient de ce virus initial de type A(H1N1), avec pour l’heure une moindre virulence. Le New England Journal of Medicine publie une lettre synthétisant les points qui seront déterminants pour affronter une future pandémie potentielle.

Ce que l’on sait du virus

Le virus, finalement découvert en 1933, est d’origine aviaire. Les raisons exactes pour lesquelles il a franchi la barrière d’espèce et a infecté l’homme restent à préciser. Il a depuis été séquencé à partir de tissus préservés, et a été génétiquement reconstitué. On sait que la virulence de ce virus A(H1N1) tient notamment à l’hémagglutinine H1 qui favorise les co-infections bactériennes à l’origine de la majorité des complications et des décès. Or, 4 des 15 hémagglutinines aujourd’hui circulantes dans la population aviaire seraient elles aussi hautement pathogènes (H6, H7, H10, H15).

Enjeux thérapeutiques et de santé publique

La sévérité clinique de la grippe de 1918 s’explique par deux principales raisons : la très forte mortalité observée au sein des 20-40 ans pourrait s’expliquer par l’absence d’exposition antérieure à des virus grippaux circulants voisins, par rapport aux plus âgés. Par ailleurs, le virus de 1918 induisait une réponse immunitaire inappropriée et pouvait favoriser une surinfection bactérienne à type de bronchopneumopathie. Celle-ci pouvait impliquer différentes espèces commensales présentes au niveau du rhinopharynx. Elle survenait après quelques jours et évoluait ensuite de manière fulgurante, favorisant le décès par hypoxémie, sepsis ou empyème.

Dans un contexte de circulation importante de la population à travers le monde, une nouvelle pandémie grippale nécessiterait de relever plusieurs défis : la capacité des organisations de santé nationales à répondre aux milliers de cas survenant simultanément n’est pas assurée. Par ailleurs, les médicaments antiviraux et les antibiotiques disponibles n’ont qu’une efficacité partielle. Il n’existe pas de vaccins ciblant certaines des bactéries commensales les plus fréquentes et impliquées dans le risque de complication ( Streptococcus pyogenes, Staphylococcus aureus ). Concernant la prise en charge des complications, on ne dispose pas de données permettant de prédire les sujets présentant un syndrome grippal habituel et ceux à risque de complications. Et les antibiotiques oraux pourraient voir leur efficacité limitée par la rapidité avec laquelle évoluent les complications, une fois apparues. Pour ces patients, une prise en charge précoce et efficace reste une gageure.