Psychose hallucinatoire chronique : de bons résultats pour l’amisulpride à faible dose

  • Howard R & al.
  • Lancet Psychiatry
  • 1 juil. 2018

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles

À retenir 

Cette essai britannique, contrôlé randomisé, montre que l’amisulpride à faible dose (100 mg/j) est supérieur au placebo pour améliorer les symptômes psychotiques à 12 et 24 semaines chez les sujets souffrant de psychose hallucinatoire chronique (ou psychose hallucinatoire schizophrénique très tardive) dont les symptômes apparaissent au-delà de 60 ans. L’effet apparaît important à 24 semaines, malgré une observance non optimale selon les auteurs. Le traitement semble bien toléré puisque les arrêts de traitement pour effets indésirables sont similaires dans le groupe intervention et placebo, bien qu’un léger surcroît de symptômes extrapyramidaux soit observé sous amisulpride. 

Pourquoi cette étude a-t-elle été réalisée ?

La schizophrénie survient généralement vers la fin de l’adolescence ou au début de l’âge adulte. Mais certaines psychoses survenant au-delà de 60 ans sont classées par les anglo-saxons comme des psychoses schizophréniques de survenue très tardive. La pathologie débute de façon insidieuse par des symptômes peu spécifiques (fatigue, anxiété). Après une évolution sur plusieurs années, les sujets, le plus souvent des femmes, présentent une activité délirante centrée sur des idées de persécution, avec des hallucinations psychosensorielles notamment verbales ou cénesthésiques et un syndrome d’influence actif.

Les antipsychotiques atypiques sont classiquement indiqués dans cette pathologie, mais leur rapport bénéfice/risque a été peu évalué. Des chercheurs britanniques se sont employés à comparer l’efficacité et la sécurité de l’amisulpride (100 mg/j) sur les symptômes psychiatriques, à celle d’un placebo. Une dose choisie pour limiter les effets extra-pyramidaux.

Méthodologie

L’étude ATLAS est une étude contrôlée randomisée réalisée en 2 étapes. La première a comparé l’efficacité de l’amisulpride à celle d’un placebo à 12 semaines. La seconde a évalué l’effet d’un arrêt ou de la poursuite du traitement sur au moins 12 semaines supplémentaires par rapport au placebo.

Elle a recruté des patients atteints de psychose schizophrénique très tardive (≥60 ans) à partir de 25 centres de santé mentale d’Angleterre et d’Écosse. Les participants ont ensuite été randomisés en 3 groupes : amisulpride, amisulpride suivi d’un placebo, et placebo suivi par l’amisulpride.

Résultats

  • Au total, 92 participants ont suivi le traitement et ont été inclus dans l’analyse. La plupart étaient des femmes vivant seules et dont les symptômes perduraient depuis plus de 6 mois. L’âge moyen était de 80,2 ans.
  • 64% ont été jusqu’au bout des 12 premières semaines de traitement (1ere phase). Malgré une observance non optimale, les symptômes de psychose évalués par le score BPRS ont été améliorés de 7,7 points à 12 semaines par rapport à l’inclusion, et ceci davantage sous amisulpride (11,9 points) que sous placebo (4,2 points) correspondant à une différence moyenne de 6,1 points [IC95% : 2,4-9,8], p=0,001. 
  • Au cours de la seconde phase (poursuite ou arrêt de l’amisulpride), les bénéfices se sont maintenus entre la 12esemaine et l’évaluation finale (amélioration du score BPRS de 1,1 point), mais se sont au contraire dégradés de 5,2 points chez ceux qui sont passés sous placebo, soit une différence de 6,3 points [0,9-11,7] (p=0,024), par rapport au groupe amisulpride.
  • Les arrêts de traitement dus à une non efficacité du traitement ont été plus nombreux sous placebo que sous amisulpride, en phase 1 (p=0,010), comme en phase 2 (p=0,031).
  • En revanche, les arrêts de traitement pour effets indésirables se sont montrés similaires sous amisulpride et sous placebo dans les deux phases de l’étude. Les effets indésirables graves les plus fréquents ont été les infections (5 dans le groupe amisulpride et 3 dans le groupe placebo) et les syndromes extrapyramidaux (3 et 0 respectivement).