Protéine Tau et plaques bêta-amyloïdes : quel lien avec le déclin cognitif ?

  • Hanseeuw BJ & al.
  • JAMA Neurol
  • 3 juin 2019

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

Les données longitudinales d’imagerie TEP-Tau et amyloïde, chez des adultes en phase préclinique de maladie d’Alzheimer et suivis sur une durée de 7 ans, montrent une association entre l’évolution de la charge amyloïde, de protéine Tau et le développement de troubles cognitifs ultérieurs. Ainsi, l’augmentation de la charge en plaques bêta-amyloïdes a pu être associée à l’accumulation consécutive de protéine Tau dans le lobe temporal inférieur. Et cette accumulation de protéine Tau a elle-même été associée à la vitesse du déclin cognitif. En particulier, les sujets qui avaient une charge élevée de plaques amyloïdes à l’inclusion et une progression rapide de la protéine Tau évoluaient vers des troubles cognitifs au cours du suivi. Ces résultats indiquent que la charge amyloïde constitue un bon marqueur pour repérer les stades précoces de maladie d’Alzheimer et que des mesures répétées de la protéine Tau sont utiles au suivi de la progression de la pathologie.

Pourquoi cette étude a-t-elle été réalisée ?

L’autopsie de sujets en phase préclinique ou clinique de la maladie d’Alzheimer a suggéré que les plaques bêta-amyloïdes précèdent la dégénérescence neurofibrillaire associée à la protéine Tau et l’évolution de la pathologie Tau dans le néocortex, ce qui pourrait accélérer le déclin cognitif. 

L’imagerie Tau et amyloïde par TEP permet aujourd’hui de suivre l’accumulation de ces deux marqueurs de la maladiein vivo, mais peu d’études se sont jusqu’ici intéressées au décours temporal de ces événements au cours de l’évolution de la pathologie. C’est ce que viennent de faire des chercheurs du Massachusets General Hospital de Boston. Ils ont exploré l’association temporelle entre le développement des plaques amyloïdes, la dégénérescence neurofibrillaire associée à la protéine Tau et l’apparition de troubles cognitifs.

Méthodologie 

Les données de l’étude longitudinale Harvard Aging Brain ont été utilisées pour mener ces travaux. Celle-ci avait enrôlé 279 sujets sans signes de troubles cognitifs à l’inclusion. Ceux qui disposaient d’examens répétés d’imagerie TEP-Tau au flortaucipir (FTP) pour le suivi de la protéine Tau et par TEP au PiB (Pittsburghcompound B) pour celui des plaques amyloïdes ont été inclus dans l’analyse. Les capacités cognitives étaient régulièrement évaluées sur une période de 7 ans par le Preclinical Alzheimer Cognitive Composite (PACC-96).

Résultats 

  • Parmi les 60 participants analysés, 58% étaient des femmes et l’âge médian était de 73 ans.
  • À l’inclusion, 17 d’entre eux (28%) présentaient déjà une charge élevée en plaques amyloïdes.
  • Au cours des 3 premières années suivant la première TEP-Tau (T0), les participants qui avaient un signal Tau élevé à l’inclusion ont eu une augmentation plus importante du signal Tau et de la charge amyloïde, ainsi qu’un déclin cognitif plus rapide.
  • L’augmentation du signal amyloïde entre T0 et T2 était associée à une augmentation du signal Tau ultérieur (T2), mais l’inverse n’était pas vrai, suggérant que l’augmentation de la charge amyloïde précédait celle de la protéine Tau. 
  • L’augmentation du signal Tau dans le néocortex temporal inférieur était plus rapide chez les sujets dont le signal amyloïde avait évolué et semblait davantage associée à cette évolution qu’à l’intensité du signal.
  • L’évolution du signal Tau était associée à celle de la fonction cognitive. Mais cette dernière semblait davantage associée à l’évolution du signal Tau qu’à l’intensité des signaux amyloïdes et Tau à l’inclusion.
  • Le suivi cognitif sur 7 ans montrait que les sujets qui avaient une forte charge amyloïde à l’inclusion, et donc une accumulation plus importante de protéine Tau, évoluaient vers des troubles cognitifs en lien avec la maladie d’Alzheimer.

Limitations

Le marqueur FTP n’était pas encore disponible lors des premières mesures TEP amyloïdes de l’étude. L’absence d’association entre modification précoce du signal Tau et évolution consécutive du signal amyloïde n’a donc pas pu être confirmée.

Faible taille de l’échantillon.