Promotions des femmes dans la science : mieux vaut un jury conscient des inégalités


  • Serge Cannasse
  • Actualités Médicales
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Les femmes sont moins nombreuses que les hommes dans la recherche scientifique et ce d’autant plus qu’on s’élève dans la hiérarchie. Au CNRS (Centre national de la Recherche Scientifique), le pourcentage moyen de femmes n’est que de 35%, toutes disciplines confondues. Plusieurs raisons sont invoquées pour en rendre compte, y compris la discrimination liée au sexe. Cependant, celle-ci n’a été évaluée le plus souvent qu’avec des enquêtes ayant recours à des questions explicites, manquant donc une attitude implicite de mise à l’écart des femmes de la part des hommes. 

Ce constat est le point de départ d’une équipe de recherche associant le Laboratoire de psychologie sociale et cognitive (CNRS/Université Clermont Auvergne), le Laboratoire de psychologie cognitive (CNRS/Aix Marseille Université) et l’Université de British Columbia (Canada). Pendant deux ans, elle a étudié 40 jurys chargés d’évaluer les candidatures aux postes de directeur(trice) de recherche du CNRS, quel que soit le domaine scientifique concerné (de la physique des particules aux sciences sociales).

Les résultats, publiés dans Nature Human Behavior , montrent un stéréotype implicite d’association entre « science » et « masculin » dans l’esprit des 414 membres hommes et femmes des jurys impliqués, équivalent à celui de la population générale, le plus souvent non explicite, dans leurs propos sur les différences de genre.

Par ailleurs, il y a deux types de jurys : ceux qui reconnaissent l’existence de biais en défaveur des femmes et ceux qui ne le reconnaissent pas, pour moitié chaque environ. Les seconds attribuent les inégalités de genre en science plus volontiers aux choix des femmes, ou même à des différences de compétences, plutôt qu’aux discriminations ou aux contraintes familiales. Dans ces jurys, les femmes étaient moins souvent promues. 

Dans les jurys du premier type, elles étaient aussi souvent promues que les hommes alors même que leurs membres ont eux aussi le stéréotype implicite d’association entre « science » et « masculin ». Incidemment, ce résultat est particulièrement flagrant à la fin de la deuxième année d’observation, quand les membres des jurys ont oublié jusqu’à l’existence de l’étude…

Pour les auteur.e.s de ce travail, il est important d’éclairer les membres des jurys sur la façon dont leurs stéréotypes de genre influencent leurs décisions et sur les stratégies susceptibles de contrer cette influence.