Professionnels des soins primaires et spécialistes : comment coopérer


  • Serge Cannasse
  • Actualités Médicales
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L’augmentation du nombre des pathologies chroniques impose une réorganisation du système de soins. Deux chercheurs de l’IRDES (Institut de recherche et documentation en économie de la santé) ont examiné de nouveaux modèles d’organisation expérimentés dans 5 pays (Allemagne, Angleterre, États-Unis, Italie, Pays-Bas). Leur objectif commun est de réduire le nombre des réhospitalisations par l’amélioration de la coordination entre soins de ville, hospitaliers et à domicile et par l’attention donnée aux préférences des patients.

L’initiative de ces modèles vient toujours des soignants, dans le but d’essayer de régler un problème local ou national. Par exemple, en Angleterre, ce sont des pneumologues hospitaliers qui ont initié la coopération avec la médecine de ville. En Italie, ce sont à la fois des spécialistes exerçant en clinique, des généralistes et des infirmières qui sont à l’origine des initiatives pour réduire la fréquence des amputations de pied diabétique ou les complications de pathologies cardiaques.

La démarche de ces équipes passe d’abord par la construction d’une vision commune des soins nécessaires à la population prise en charge, en intégrant le point de vue des patients, par exemple avec des outils comme les PROMs ( Patient Reported Outcomes Measures ) ou les PREMs ( Patient Reported Experience Measures ). Les parcours de soins sont formalisés en fonction du degré de gravité des pathologies. Un professionnel « pivot » ou « navigateur » assure les liens entre les institutions et les autres professionnels. Il s’agit souvent d’une infirmière de pratique avancée.

Les interventions des uns et des autres sont soigneusement délimitées (ce qui ne veut pas dire restreintes, au contraire : les infirmières ont souvent de nouvelles compétences). Les spécialistes hospitaliers jouent fréquemment le rôle de référents et de formateurs des autres professionnels de santé. À l’université de Chapel Hill (Angleterre), les étudiants des différentes professions apprennent à travailler ensemble. Les consultations des généralistes à l’hôpital sont encouragées. Le partage d’informations est crucial, mais les freins technologiques imposent souvent du « bricolage » de la part des soignants (par exemple, recours à Whatsapp pour les échanges autour d’un cas).

Ces initiatives sont facilitées par l’exercice salarié ou par le paiement à la capitation des professionnels, ainsi que par des paiements incitatifs complémentaires de la rémunération à l’acte. En effet, pour y adhérer, les professionnels ne doivent pas être perdants sur le plan financier. Mais il est remarquable que la question des modes de paiement et des coûts organisationnels soit posée après que les soignants se soient entendus sur un projet et après qu’ils aient convaincu les responsables administratifs et politiques de son bien-fondé. Dernière leçon : tout cela prend du temps. « Ces équipes se constituent sur le long terme et leur stabilisation requiert un travail en soi de la part de tous les professionnels impliqués. »