Prix du tabac : des intentions gouvernementales aux réalités économiques


  • Serge Cannasse
  • Actualités Médicales
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En France, le prix du tabac est fixé librement par le fabricant. Pour l’augmenter, le gouvernement n’a comme moyen que l’augmentation de la taxation. Elle est de deux ordres : la TVA (16,67%) et l’accise, qui est une taxe à la consommation propre à certains produits (tabac et alcool notamment). Cette accise comprend une partie fixe (1,198 € pour un paquet de 20 cigarettes) et une partie proportionnelle au prix.

Le gouvernement actuel a prévu d’augmenter les deux droits d’accise jusqu’en 2020, avec comme objectif un prix minimum de 10 euros pour le paquet de cigarettes. Les deux hypothèses sous-jacentes sont que l’augmentation de la taxation augmente le prix de vente et que celle-ci diminue la consommation. Dans les faits, c’est un peu plus compliqué.

Certes, les ventes baissent quand les prix augmentent, mais pas de manière proportionnelle. Depuis 1950, une augmentation de prix de 20% fait baisser les ventes en moyenne de 10%. Les économistes parlent de « l’élasticité de la demande par rapport au prix » (variation des ventes divisée par variation des prix). Ici, elle est de - 0,5. Or les augmentations de taxes prévues pour 2020 ont été déterminées en supposant une élasticité de – 0,75, ce qui n’a jamais été observé ...

D’autre part, il n’est pas du tout certain que l’industrie du tabac répercute entièrement l’augmentation des taxes sur les prix. Elle ne l’a d’ailleurs pas fait pour les augmentations de mars et mai 2018. Cela s’explique non seulement par la volonté de préserver son marché, mais aussi par les profits qu’elle escompte ailleurs en Europe (notamment en Bulgarie et en Croatie). Dans ces conditions, il est probable que l’augmentation du prix du paquet de 20 cigarettes s’élèvera à 9,42 € plutôt que 10.

Les auteurs recommandent donc de « surveiller de très près les prix et la consommation de tabac, afin d’adapter les mesures fiscales à la réalité . » Ils soulignent en outre que les mesures retenues ont toute chance d’augmenter les recettes fiscales et les revenus des buralistes de manière plus importante que prévu.

C’est ce qu’indiquent quelques calculs simples pour les deux produits tabagiques les plus vendus : les cigarettes (76% de part de marché au 1 er mai 2018) et le tabac à rouler (19%).

Un paquet de 20 cigarettes et un paquet de tabac à rouler contiennent chacun environ 16 grammes de tabac. Le prix minimum du paquet de cigarettes est de 7,50 €, celui du tabac à rouler 5,12 €, soit un tiers de moins, ce qui explique le succès de cette forme de consommation depuis 1991.

En France continentale, la taxation totale des cigarettes s’élève à 67,5% du prix de vente, dont 50,8% d’accise proportionnelle. Du fait de l’accise fixe, les cigarettes les moins chères sont les plus taxées. Par exemple, un paquet de 20 cigarettes à 7,50 € rapporte 6,47 € à l’État (dont 5,22 € d’accise), 0,72 € au buraliste et 0,31 € au fabricant. Le même à 8,00 € rapporte 6,60 € à l’État (dont 5,26 € d’accise), 0,77 € au buraliste et 0,63 € au fabricant. On peut faire les mêmes calculs avec le même genre de résultats pour le tabac à rouler.