Prise de décision partagée ou approche paternaliste dans le sevrage alcoolique?

  • Friedrichs A & al.
  • Addict Behav
  • 1 sept. 2018

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • Selon les données d’une étude conduite dans des centres spécialisés allemands, une large majorité de patients présentant des troubles liés à la consommation d’alcool affirment vouloir jouer un rôle actif dans les décisions médicales les concernant. Ceux affirmant être prêts à initier un traitement pour leur dépendance à l’alcool semblaient être ceux préférant une décision médicale partagée avec leur clinicien. En revanche, ceux qui préféraient laisser la main à leur médecin étaient ceux qui ne se sentaient pas prêts pour débuter le traitement. Ceux exprimant le plus fort désir à être aidé semblaient aussi préférer une approche paternaliste du soin.
  • Selon les auteurs, la forte proportion de patients souhaitant jouer un rôle actif peut notamment s’expliquer par le fait que l’abstinence leur apparaît comme la seule option envisageable pour traiter le problème et par le fait de se sentir stigmatisé par leur addiction, les poussant à vouloir voir les choses changer. Ils soulignent également que cette étude est la première à suggérer une association potentielle entre une faible motivation à être traité et la préférence d’un rôle passif dans la prise en charge. Des travaux complémentaires seraient donc intéressants afin d’évaluer si, in fine, ces différences se traduisent dans un succès thérapeutique moindre. Ces travaux pourraient recruter une population plus hétérogène et avec des outils d’évaluation de la motivation plus précis, afin de conforter ces résultats.

Pourquoi est-ce important ?

  • La décision médicale partagée est considérée comme un gage de réussite dans la prise en charge thérapeutique, selon différentes études cliniques. Cependant, le souhait des patients à être impliqués dans cette décision varie significativement selon la pathologie considérée, et peut aussi varier dans le temps, au cours du parcours de soins d’un même patient.
  • Aucun travaux permettant d’évaluer cette notion n’avait pour l’heure été conduit sur la dépendance à l’alcool. Cette étude visait à répondre à ce déficit et à évaluer les facteurs permettant de prédire les préférences des patients.

Principaux résultats

  • L’étude a été conduite à partir des données de 242 patients (âge moyen 45,16 ans, 64,0% d’hommes). Parmi eux, 50% ont exprimé préférer une décision médicale éclairée (« je préfère poser la décision », « je préfère poser la décision après avoir pris en considération l’opinion de mon médecin »), tandis que 39,7% préféraient une décision médicale partagée avec le médecin et 10,3% une décision médicale prise par le médecin (« je préfère laisser la décision à mon médecin », « je préfère que le médecin prenne la décision après avoir pris en considération mon opinion »).
  • Aucun critère socio-démographique (niveau d’étude, statut marital, sexe, âge…) n’était associé à une préférence concernant le rôle que les patients souhaitaient jouer dans leur parcours de soins.
  • En revanche, le désir du patient à être aidé, exprimé selon l’échelle MfT (cf méthodologie), tendait à être associé au souhait d’une décision médicale paternaliste (OR : 3,087 [0,998-9,543], p=0,05). Le fait d’être prêt à débuter un traitement tendait à être associé à une moindre préférence pour une décision médicale paternaliste (OR : 0,459 [0,206-1,022], p=0,056).

Méthodologie

  • L’étude a été conduite dans 4 centres allemands de prise en charge de la dépendance alcoolique. Le suivi était de 6 mois mais, dans cette publication, seule les données de l’inclusion ont été analysées.
  • Après l’admission, les patients ont bénéficié d’un entretien complet permettant de faire le point sur la sévérité de leur dépendance, puis ont répondu à plusieurs questionnaires : le Control Preference Scale (CPS) permettant d’exprimer leur préférence quant au partage de décision médicale, le MATE (Measurements in the Addictions for Triage and Evaluation), qui permet de faire le point sur la sévérité de l’addiction, des comorbidités psychiatriques, l’isolement social et l’historique de la maladie, et l’échelle MfT (Motivation for Treatment) qui évalue la reconnaissance du problème par le patient, son désir à être aidé et le fait qu’il soit ou non prêt à initier un traitement.

Limitations

Étude transversale ne permettant pas d’établir un lien de causalité ni de préjuger de la réussite thérapeutique.