Prévention du risque cardiovasculaire : le coaching via Internet représente-t-il une solution d’avenir ?

  • Richard E et al.
  • The Lancet Digital Health
  • 14 nov. 2019

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • Un accompagnement à l’autoprévention des maladies cardiovasculaires via Internet semble possible et durable chez les sujets âgés à risque cardiovasculaire élevé.
  • Dans cette étude, il a pu apporter une légère amélioration du profil de risque des participants ayant bénéficié de l’intervention par rapport à des sujets contrôles sur une période de 18 mois. L’impact sur l’IMC y contribuait de façon prépondérante.
  • Appliquée à plus large échelle, ce type d’intervention pourrait contribuer à réduire le fardeau des maladies cardiovasculaires à faible coût, mais cela reste à confirmer.

 

Chez les sujets à risque cardiovasculaire accru, un engagement du patient visant à réduire les facteurs de risque sur le long terme constitue la pierre angulaire de la prévention, bien que cela reste souvent difficile à réaliser en pratique. Des méta-analyses ont montré que des interventions d’accompagnement à l’auto-prise en charge des facteurs de risque cardiovasculaires via Internet pouvaient apporter un bénéfice modeste mais réel, sans que l’on sache toutefois si cet effet pouvait perdurer sur le long terme. Une étude parue dans The Lancet digital Health a donc voulu mesurer l’efficacité de telles interventions sur de plus longues périodes (18 mois), ainsi que leur faisabilité au sein d’une large cohorte de sujets âgés. 

Un coaching personnalisé via Internet

The Healthy Ageing Through Internet Counseling in the Elderly (HATICE) est un essai réalisé auprès de sujets de 65 ans ou plus résidant aux Pays-Bas, en Finlande et en France et ayant au moins deux facteurs de risque cardiovasculaire. Les participants bénéficiaient d’une intervention via Internet visant à optimiser l’auto-prise en charge des facteurs de risque cardiovasculaires (définition d’objectifs de santé, mesures de suivi, éducation, suivi par un coach, etc.) ou d’une intervention contrôle sur une autre plateforme. L’essai était nécessairement réalisé en ouvert, mais les participants étaient seulement informés de la plateforme qui leur était assignée sans plus de précisions. L’impact sur le profil de risque cardiovasculaire et sur le risque de développer une maladie cardiovasculaire ou une démence était ensuite mesuré après 18 mois d’intervention par un score Z composite prenant en compte la pression artérielle systolique, le LDL-cholestérol et l’IMC.

Une amélioration modeste du profil de risque cardiovasculaire

À partir des données de 2398 participants, l’analyse à 18 mois a montré une amélioration du score Z dans le groupe intervention par rapport au groupe contrôle (0,90 vs 0,04, avec une différence moyenne de -0,05 [-0,08 à -0,01] (p=0,008). Lorsque les différentes composantes du score Z étaient considérées isolément, une réduction de la pression artérielle systolique apparaissait, avec une baisse de 1,79 vs 0,67 mmHg, soit une différence moyenne (DM) de -1,12 [-2,51 à 0,27] en faveur du groupe intervention. Une baisse de l’IMC (0,23 vs 0,08 kg/m2, DM -0,15 [-0,28 à 0,01]) et du LDL-c (0,12 vs 0,07 mmol/L, DM -0,05 [-0,11 à 0,01]) a également été observée. L’analyse en sous-groupe a montré que les sujets plus jeunes (65 à 70 ans) et ceux ayant un faible niveau d’éducation étaient ceux qui en tiraient le plus bénéfice.

Le risque de mortalité cardiovasculaire à 10 ans (SCORE-OP) a été légèrement diminué (-0,32% vs -0,14%, DM -0,17[-0,38 à 0,04]). En revanche, il n’y a pas eu d’effet sur l’incidence des maladies cardiovasculaires totales (2,2% vs 2,4%, HR 0,86 [0,52-1,43]), contrairement à celle des AVC (0,3% vs 1,0%, hazard ratio (HR) 0,30 [0,10-0,93]). Ces derniers résultats sont toutefois à considérer avec prudence car l’essai n’était pas dimensionné pour évaluer ces paramètres cliniques.