Prévention du cancer du col utérin et HPV : où en est-on ?


  • Fanny Le Brun
  • Actualités Médicales
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A retenir :

  • En 2018 en France métropolitaine, le nombre de nouveaux diagnostics de cancer du col de l’utérus (CCU) est estimé à 2.920 et le nombre de décès liés à cette maladie à 1.117
  • L’incidence et la mortalité par CCU n’ont cessé de diminuer depuis 1990 mais cette diminution ralentit depuis 2005
  • La lutte contre le CCU passe par l’augmentation de la couverture vaccinale contre les papillomavirus humains (HPV) qui est insuffisante en France et par l’amélioration du dépistage
  • Un programme national de dépistage organisé est en cours de déploiement, basé non plus sur un examen cytologique tous les 3 ans mais sur un test HPV tous les 5 ans chez les femmes de plus de 30 ans (de 25 à 29 ans le dépistage reste inchangé)

 

Santé publique France vient de publier un nouveau Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) consacré à la prévention du cancer du col de l’utérus (CCU).

En 2018 en France métropolitaine, le nombre de nouveaux diagnostics de CCU est estimé à 2.920 et le nombre de décès liés à cette maladie à 1.117.

Ce cancer touche des femmes relativement jeunes : en 2018, 40% des cas ont été diagnostiqués chez des femmes de moins de 50 ans, l’âge médian au diagnostic était de 53 ans et l’incidence la plus élevée était observée chez les femmes âgées de 45 à 49 ans.

L’incidence et la mortalité par CCU n’ont cessé de diminuer depuis 1990 mais cette diminution ralentit depuis 2005. Ce ralentissement est probablement dû à des modifications des comportements sexuels exposant davantage aux papillomavirus humains à haut risque oncogène (HPV-HR). Ce phénomène a été contrebalancé par l’effet du dépistage, mais cet effet s’essouffle : nous sommes face à un risque d’inversion des tendances.

Afin de lutter contre le cancer du col de l’utérus, déclaré « priorité de santé publique » par l’Organisation mondiale de la santé, il est nécessaire d’agir sur 2 points :

  • Augmenter la couverture vaccinale contre les HPV (prévention primaire),
  • Améliorer le dépistage (prévention secondaire).

En effet, une infection persistante par un HPV-HR, transmis par voie sexuelle, est la condition nécessaire au développement de quasiment tous les CCU. Il est donc important d’augmenter, en France, la couverture vaccinale contre ces virus qui est très insuffisante et une des plus faibles d’Europe :

  • 29% pour 1 dose à 15 ans,
  • 24% pour 2 doses à 16 ans.

En France, la vaccination anti-HPV, recommandée dès l’âge de 11 ans chez les jeunes filles avec un rattrapage possible jusqu’à 19 ans révolus, n’est pas obligatoire et dépend donc d’une décision individuelle, essentiellement prise par les parents, souvent grâce au rôle primordial des professionnels de santé dans l’information et la sensibilisation.

Concernant le dépistage du CCU, il repose actuellement sur la réalisation d’un examen cytologique (frottis cervico-utérin) tous les 3 ans chez les femmes asymptomatiques de 25 à 65 ans. Pour la période 2015-2017, le taux de couverture de ce dépistage était de 58,7% de la population cible. On observe que ce taux diminue de manière importante avec l’âge à partir de 50 ans, pour tomber à 44,2% chez les femmes de 60-65 ans. Face à ce taux de couverture insuffisant, un Programme national de dépistage organisé (PNDO) du CCU est en cours de déploiement sur l’ensemble du territoire, sachant qu’à partir de l’âge de 30 ans il ne sera pas fondé sur l’examen cytologique mais sur le test HPV (recherche des HPV-HR à partir d’un prélèvement cervico-utérin). En effet, le test HPV présente une meilleure sensibilité et une valeur prédictive négative supérieure, permettant d’espacer l’intervalle entre deux dépistages (la Haute autorité de santé recommande que la période entre 2 dépistages passe de 3 à 5 ans). De plus, il est plus efficace que l’examen cytologique pour détecter les adénocarcinomes, qui sont en constante augmentation en France. En revanche, pour les femmes entre 25 et 29 ans, les recommandations restent inchangées (examen cytologique tous les trois ans) car les infections à HPV transitoires sont très fréquentes chez les femmes jeunes. Leur détection exposerait à des traitements inappropriés, augmentant ainsi les risques de complications lors de grossesses ultérieures.

L’objectif de ce PNDO est d’augmenter la couverture du dépistage pour atteindre 80%, de réduire les inégalités d’accès à ce dépistage et de diminuer de 30% l’incidence et la mortalité par CCU à 10 ans. Ce programme cible toutes les femmes de 25 ans à 65 ans. Il est fondé sur un système d’invitation par courrier de celles n’ayant pas réalisé de dépistage spontanément dans les trois dernières années, les incitant à se rendre chez un professionnel de santé (sage-femme, médecin généraliste, gynécologue) pour faire ce test.

En conclusion, la couverture vaccinale anti-HPV et le recours au dépistage du CCU doivent être améliorés car ce sont deux armes efficaces pour lutter contre ce cancer.