Prévention des démences : où en est-on ?

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À retenir

Dans une récente revue parue dans JAMA Internal Medicine, Kristine Yaffe, professeur de psychiatrie, de neurologie et d’épidémiologie à l’UCSF School of Medicine de San Francisco, fait le point sur les facteurs de risque modifiables et la prévention des démences. Deux rapport récents font état de résultats contradictoires concernant les stratégies de prévention ou de ralentissement du déclin cognitif et de la démence : celui de l’Académie de médecine américaine, et celui de la commission du Lancet. Une solution médiane consisterait à améliorer l’hygiène de vie et le contrôle des facteurs de risque cardiovasculaire, notamment en communicant davantage auprès du grand public.

Pourquoi est-ce important ?

Selon les projections de l’Organisation mondiale de la santé, le nombre de cas de démence dans le monde pourrait tripler au cours des 30 prochaines années, avec pour conséquence des coûts humains et socio-économiques considérables. Dès lors les stratégies de prévention revêtent un caractère primordial. Selon certaines estimations, faire reculer la survenue des symptômes de démence de seulement 2 ans permettrait de réduire la prévalence de 2 millions de cas à l’horizon 2050 aux États-Unis, et donc d’améliorer de façon très significative la santé publique.

La maladie se développant sur de nombreuses années, il est envisageable d’agir sur les facteurs de risque modifiables et de développer des molécules actives sur les stades précoces de la maladie.

Des résultats contradictoires                     

  • Selon le rapport de l’Académie de médecine américaine sur l’état des connaissances dans la prévention ou le ralentissement du déclin cognitif et de la démence, les éléments de preuve provenant d’essais randomisés de bonne qualité méthodologique sont relativement peu nombreux.
  • Au vu de cette littérature, aucune intervention spécifique ne dispose d’un niveau de preuve permettant d’établir des recommandations en santé publique, mais 3 types d’intervention suggèrent des bénéfices possibles : l’entrainement cognitif, la prise en charge de l’hypertension et une activité physique accrue.
  • Prenant davantage en compte les études observationnelles, la commission du Lancet estime pour sa part que 35% des démences pourraient être évitées en améliorant 9 facteurs de risque : niveau d’éducation peu élevé, perte auditive en milieu de vie, obésité et hypertension, dépression tardive, tabagisme, sédentarité, diabète et isolement social. Ce rapport souligne la nécessité d’une fenêtre d’intervention précoce (plusieurs décennies avant la survenue des symptômes) pour pouvoir influer sur le développement de la maladie.

Des conseils de bon sens en attendant des éléments de preuve plus concluants            

  • Dans l’attente de nouveaux et larges essais randomisés sur des interventions spécifiques (augmentation de l’activité physique, stimulation cognitive, prise en charge des déficiences sensorielles, optimisation de l’alimentation, etc.) ou multiples, une solution de compromis pourrait être d’encourager la population à rester active, tant sur le plan cognitif que physique, et à surveiller les facteurs de risque cardio-vasculaire.
  • Cette solution apparaît d’autant plus souhaitable qu’elle serait relativement peu coûteuse et que son bénéfice s’étendrait bien au-delà de la prévention des démences.
  • Le Dr Yaffe suggère aussi de mieux informer le public sur l’importance de contrôler les facteurs risque de risque cardiovasculaire et métabolique pour entretenir la santé cérébrale.
  • Pour elle, une meilleure prise en charge des démences passera nécessairement, comme pour d’autres maladies chroniques, par des approches complémentaires associant innovation thérapeutique, amélioration de l’hygiène de vie et réduction des facteurs de risque.