Prévention de la pré-éclampsie : faut-il prescrire des antiagrégants plaquettaires ?


  • Fanny Le Brun
  • Actualités Médicales
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La pré-éclampsie se manifeste par une hypertension artérielle et une protéinurie, et peut entraîner de graves complications pour la mère et le bébé (décès, problème de croissance, naissance prématurée…).

Une revue Cochrane s’est intéressée à l'efficacité potentielle des antiagrégants plaquettaires, comme l'aspirine à faible dose et le dipyridamole, pour prévenir la pré-éclampsie et ses complications. Cette démarche repose sur le fait que la pré-éclampsie est liée à une déficience dans la production intravasculaire de prostacycline, un vasodilatateur, et à la production excessive de thromboxane, un vasoconstricteur et stimulant de l'agrégation plaquettaire.

Cette revue a inclus 77 essais randomisés comparant des antiagrégants plaquettaires (aspirine à faible dose ou dipyridamole) versus un placebo ou l'absence d'antiagrégants plaquettaires, chez des femmes enceintes présentant un risque de développer une pré-éclampsie. Au total, 40.249 femmes et leurs bébés ont été inclus. L’aspirine a été l’antiagrégant plaquettaire le plus utilisé dans les études, à des doses allant de 50 à 150 mg.

D’après les résultats de cette revue, l'utilisation d'antiagrégants plaquettaires a permis de réduire :

  • Le risque de pré-éclampsie de 18% (36.716 femmes, 60 essais, RR : 0,82, IC 95% : 0,77 à 0,88 ; données probantes de haute qualité),
  • Le risque de naissances prématurées (
  • Le nombre de décès fœtaux, néonatals ou avant la fin de l’hospitalisation de 15% (35.391 bébés, 52 essais, RR : 0,85, IC 95% : 0,76 à 0,95 ; données probantes de haute qualité),
  • Le risque de bébés petits pour leur âge gestationnel de 16% (35.761 bébés, 50 essais cliniques, RR : 0,84, IC 95% : 0,76 à 0,92 ; données probantes de haute qualité),
  • Le risque de grossesse s’accompagnant d’effets indésirables graves (mortalité maternelle, mortalité infantile, pré-éclampsie, petite taille pour l’âge gestationnel et prématurité) de 10% (17.382 femmes, 13 essais, RR : 0,90, IC 95% : 0,85 à 0,96 ; données probantes de haute qualité).

Concernant les évènements indésirables liés au traitement, il est probable que les antiagrégants plaquettaires augmentent légèrement :

  • L'hémorragie post-partum de plus de 500 mL (23.769 femmes, 19 essais cliniques, RR : 1,06, IC 95% : 1,00 à 1,12 ; données probantes de qualité modérée en raison de l'hétérogénéité clinique),
  • Le risque de décollement placentaire ; mais pour ce critère de jugement, l’intervalle de confiance est étendu et comprend la possibilité d’absence d’effet (30.775 femmes ; 29 essais ; RR : 1,21, IC 95% : 0,95 à 1,54 ; données probantes de qualité moyenne).

En conclusion, de faibles doses d'aspirine (inférieures à 75 mg) réduisent légèrement le risque de pré-éclampsie et de ses complications tout en étant bien tolérées. Des doses plus élevées pourraient être préférables, mais la majorité des femmes dans ces études ayant pris de faibles doses, il n’est pas possible de conclure sur l’efficacité et l’innocuité de doses plus élevées.

De même, presque toutes les femmes de cette revue ont été recrutées après 12 semaines de gestation : il n’est donc pas possible de déterminer si le fait de commencer le traitement avant 12 semaines aurait des avantages supplémentaires sans augmentation des effets indésirables.