Prévention de la migraine par la riboflavine : des preuves et des questions


  • Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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La riboflavine ou vitamine B2 catalyse la chaîne respiratoire mitochondriale, tandis que la migraine a été décrite comme associée à un métabolisme énergétique anormal au niveau cérébral. La riboflavine a donc été étudiée comme une alternative dans la prévention des migraines. Actuellement, la supplémentation en vitamine B2 dispose d'un niveau de recommandations B selon l'American Academy of Neurology. Deux auteurs américains ont compilé l'ensemble des données sur le sujet ainsi que celles permettant d'explorer les aspects pharmacocinétiques et pharmacogénomiques pouvant influencer son efficacité.

Méthodologie

  • Les auteurs ont conduit une revue systématique de la littérature portant sur la base de données Medline, Excerpta Medica et Web of Science. Elle visait à recueillir toutes les études cliniques ayant trait à la riboflavine et à la migraine. Seuls les articles anglophones ont été conservés pour conduire ce travail.

  • Parmi les 610 références identifiées, 191 publications uniques étaient dédiées à l'homme et anglophones. In fine, 11 études cliniques, disponibles en texte intégral et de qualité suffisante selon les critères arrêtés initialement, ont pu être utilisées.

Résultats

  • Sur le plan pharmacocinétique, les quelques données disponibles décrivent que le mécanisme de transport actif de la riboflavine est efficace jusqu'à une dose orale unique de 27 mg et que la molécule présente une demi-vie d'une heure.

  • Une composante génétique de la migraine est évoquée dans les études en population. Elle concernerait le métabolisme mitochondrial et s'expliquerait par la vulnérabilité accrue de l'ADN mitochondrial sur l'ADN nucléaire, liée à des mécanismes de protection et de réparation moins efficaces. Les personnes appartenant à l'haplogroupe H présenteraient ainsi une réponse moins forte à la riboflavine que celles de l'haplogroupe non-H.

  • Concernant les monothérapies chez l'adulte, les cinq études randomisées, qui ont été conduites chez 23 à 100 patients (400 mg/j sauf une à 100 mg/j) versus placebo, propranolol ou valproate de sodium ont toutes montré un bénéfice de la vitamine B2 supérieur au placebo sur la fréquence des crises. Le traitement était non inférieur au valproate et légèrement moins efficace que le propranolol mais il était mieux toléré dans les deux cas.

  • Deux études associant la riboflavine (400 mg/j) au magnésium et à la coenzyme Q10 d'une part, au magnésium et à la camomille d'autre part, ont été conduites chez 130 et 49 patients respectivement, versus placebo. Le bras expérimental démontrait une efficacité sur la prévention de la migraine, sans différence significative avec le placebo toutefois.

  • Concernant les monothérapies chez l'enfant, deux études randomisées identifiées avaient inclus 48 et 42 sujets de 5-18 ans et de 5-15 ans respectivement. Les posologies utilisées, de 50 ou de 200 mg/j versus placebo, n’ont pas permis de réduire significativement la fréquence des crises. Seule une étude randomisée ayant inclus 98 sujets de 12 à 19 ans et ayant reçu 400 mg/j de riboflavine ou un placebo durant 3 mois a mis en évidence une fréquence et une durée moindre des crises de migraine sous traitement actif. Elle a été corroborée par une étude rétrospective positive conduite chez 41 enfants.

À retenir

La riboflavine possède une efficacité prophylactique chez les adultes souffrant de migraine avec un niveau d'évidence B ; les données chez les enfants et les adolescents ne permettent pas de conclure. L'absence de différence observée versus placebo dans certaines études s'expliquerait par la durée des études, qui était généralement de 3 mois. En effet, les auteurs rapportent qu'un délai minimum de 2 mois est nécessaire pour atteindre une efficacité maximale du traitement. Par conséquent, des essais plus longs devraient être conduits. De plus, l'effet placebo, significatif dans ces études et confirmé par une méta-analyse spécifique sur le sujet, interroge sur le meilleur comparateur à utiliser dans ces essais. Les auteurs s'interrogent aussi sur les doses étudiées dans les essais cliniques : elles étaient toutes largement supérieures à la dose maximale absorbée de 27 mg par prise. Par ailleurs, la capacité à maintenir un effet durable de la molécule en cas d'atteinte de concentration sérique élevée, par exemple via une formulation à libération prolongée, pourrait être intéressante. La composante génétique, mise en évidence dans quelques études préliminaires, permet d'imaginer qu'à terme, une adaptation de la prescription pourrait être envisagée selon le profil génétique. En conclusion, la riboflavine est une molécule bien tolérée et peu onéreuse qui peut élargir l'offre thérapeutique auprès de patients adultes présentant fréquemment des migraines.