Prévention de la démence : tous les polyphénols ne se valent pas

  • Lefèvre-Arbogast S & al.
  • Neurology
  • 29 mai 2018

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • À partir du suivi de 12 ans de l’étude française des 3 Cités, les sujets appartenant au plus fort quintile de consommation de polyphénols spécifiques avaient un risque de démence et de maladie d’Alzheimer (MA) 50% et 48% inférieur à celui des sujets appartenant au quintile le plus faible, indépendamment des facteurs de confusion potentiels qui ont été identifiés dans l’analyse.
  • Il était intéressant de noter que ce n’était pas le total de polyphénols ingérés, ni certaines sous-classes qui étaient responsables de ce caractère protecteur, mais une combinaison spécifique entre neuf différents polyphénols (dihydro-flavonols, anthocyanosides, isoflavones, flavanones, stilbènes dont resvératrol, lignanes, hydroxybenzaldéhydes, naphtoquinones, furanocoumarines), apportés selon les données de consommation par le vin rouge, les noix, les produits à base de soja, les agrumes, les légumes-feuilles, l'huile d'olive et les baies.
  • La plupart de ces polyphénols ont déjà fait l’objet d’études d’association entre leur consommation et le vieillissement cognitif et/ou la MA. Les interactions entre les différents constituants identifiés dans cette étude mériteraient désormais d'être étudiées.

Pourquoi est-ce important ?

Différentes études d’association ont décrit le bénéfice de la consommation d’un ou plusieurs polyphénols sur la prévention du vieillissement cognitif, le risque de démence ou la qualité de la mémoire. Il était intéressant de conduire un travail prospectif en évaluant l’apport d’un ensemble de 26 composés polyphénols (flavonoïdes ou non flavonoïdes) sur le risque de démence à partir des données d’une étude de large ampleur, conduite sur un suivi supérieur à 10 ans.

Principaux résultats

  • Au total, parmi les 1.329 participants recrutés (75,8 ans en moyenne à l’inclusion, suivi médian 11,7 ans, consommation moyenne de 1.071 mg/j de polyphénols, globalement plus élevée chez les hommes), 256 ont été diagnostiqués comme souffrant de démence, dont 169 de maladie d’Alzheimer.
  • Ceux ayant développé une démence étaient initialement plus âgés, plus médiqués, plus souvent diabétiques et plus souvent porteurs d’Apo E4.
  • L’importance de la consommation initiale des différentes classes de polyphénols ou des 26 polyphénols pris individuellement ne différait pas significativement entre les sujets ayant eu un diagnostic de démence et les autres, mais chez les premiers, les apports apparaissaient légèrement inférieurs dans les 5 classes principales.
  • Un profil de consommation en polyphénols a pu être mis en évidence comme protecteur vis-à-vis du risque de démence : il était principalement associé à des apports en hydroxybenzaldéhydes, dihydro-flavonols, stilbènes et lignanes élevés, suivis dans une moindre mesure par les apports en naphtoquinones, anthocyanosides, isoflavones, flavanones et furanocoumarines. Ainsi, l’analyse multivariée montrait que ceux qui appartenaient au quintile supérieur de consommation en polyphénols avaient un risque de démence et de MA respectivement réduit de 50% [20%- 68%] et de 48% [7%-71%] par rapport à ceux du quintile inférieur de consommation. Cette association était indépendante du statut Apo E4.
  • L’analyse de sensibilité a montré que les résultats étaient préservés après exclusion des sujets ayant un score MMSE initial inférieur à 26 au départ ou celle des sujets ayant été diagnostiqués dans les 5 premières années de suivi.

Méthodologie

L'étude 3C est une étude de cohorte française visant à évaluer les déterminants favorisant l’évolution vers la démence de 9.294 sujets âgés de 65 ans et plus, recrutés après tirage au sort à partir des listes électorales de Bordeaux, Dijon et Montpellier. L’étude a débuté en 1999-2000 et les données relatives à cette publication concernent uniquement les sujets recrutés sur Bordeaux ayant participé à l'enquête diététique initiale et les tests cognitifs de suivi tous les 2 à 3 ans, après exclusion de ceux diagnostiqués pour démence à l’inclusion ou ceux pour lesquels le statut Apo E4 était inconnu.

Limitations

L’enquête alimentaire portait sur une seule journée.

Financement

L’étude a reçu de nombreux financements publics, d’associations, de fondations ainsi que d’Aventis.